Le sevrage de l’allaitement

Pour commencer une petite définition du terme sevrage :
« Cessation de l’alimentation lactée chez l’enfant, le petit animal ».
Etymologiquement, le terme vient du latin « seperare » ou « séparer ».

Je parle plus en détails des recommandations de l’OMS au sujet de l’allaitement ici, mais en bref, il est recommandé d’allaiter :
– exclusivement les six premiers mois,
– puis au moins jusqu’à deux ans.

Le sevrage naturel lui se fait en général entre deux ans et demi et sept ans.

Pourtant l’OMS recense dans le monde seulement 45% d’enfants encore allaités à 2 ans (70% à un an).
En comparaison en France, en 2012 , 9% des enfants de un an étaient encore allaités partiellement : tous diversifiés, et 6% d’entre eux complémentés avec des PCN.

 

Point sur l’histoire

De 90 000 à 8000 av JC, des études sur les ossements permettent d’évaluer une durée de l’allaitement moyenne de 2 à 3 ans.
A cette époque, le seul substitut du lait maternel de la mère de l’enfant, était celui d’une autre mère. Il est probable que des enfants aient été allaités par d’autres femmes que leur mère, comme cela se fait encore.
A partir de 8000 av JC a commencé l’ère de l’élevage. A cette époque a pu commencer la tentative de substitution du lait maternel par le lait d’autres espèces.
Des biberons ont été retrouvés dans les sépultures d’enfants à partir de 4000 av JC, en terre cuite notamment.
Ensuite, les durées recommandées et pratiquées ont variées selon les périodes et les endroits.
Valérie Fildes en analysant des textes historiques en a compilé quelques unes :
– En 3000 av JC, des durées d’allaitement de 3 ans sont mentionnées en Egypte, chez les Hébreux,
– Entre 1500 et 800 av JC il est recommandé d’allaiter exclusivement pendant un an en Inde, puis jusqu’à deux ans en sevrant progressivement,
– Entre 1000 et 400 av JC, les contrats pour nourrices dans la civilisation grecque mentionnent des allaitements exclusifs jusque 6 mois,
En -532 avant JC le Talmud recommande d’allaiter deux ans,
Au 2ème siècle, les médecins dans le monde grec, romain et arabe recommandent d’allaiter entre 18 mois et 3 ans,
Au 7ème siècle, le Coran recommande d’allaiter deux ans,
A partir du Moyen-âge jusqu’au 18ème siècle, l’allaitement exclusif n’est plus tout à fait recommandé, au contraire. Les enfants sont souvent forcés de jeuner les premiers jours, le colostrum étant considéré comme impur, ainsi que le lait le temps des locchies. Quand on leur donne quelque chose, on leur donne précocement des bouillies pour les fortifier composées de miel et de lait de vache. Des médecins, comme Ambroise Paré au 16ème siècle, recommandaient d’introduire ces bouillies dès 2 semaines de vie.
D’autres substituent également le lait maternel par du lait de chèvre, parfois directement au pis de l’animal pour éviter les dangers du biberon. Victor Hugo l’a lui-même fait pour nourrir son fils Léopold en 1823, après des mésaventures avec des nourrices.
A partir du 17ème siècle, on suppose que les allaitements étaient longs, en observant l’âge d’écart moyen entre deux enfants. Mais cela variait d’un pays à l’autre, d’une ville à l’autre, selon les conditions de vie aussi des familles.
A partir du 20ème siècle, les méthodes de conservation des substituts deviennent plus sures avec la pasteurisation et l’amélioration des premières PCN.
En parallèle, si l’allaitement est toujours recommandé les femmes reçoivent des recommandations contradictoires, de plus en plus drastiques. Horaires de tétées à respecter, temps à ne pas dépasser…
En plus de ça, on recommande également de ne pas porter l’enfant, le laisser pleurer…
Et les femmes travaillent de plus en plus. Le biberon devient alors après-guerre le mode d’alimentation majeur des enfants.
Mais cela entraine bon nombre de diarrhées mortelles, les PCN devenant plus sûres mais les biberons étant souvent utilisés avec des règles d’hygiène insuffisantes, et les préparations étant reconstituées avec de l’eau non saine.

Parallèle avec les primates

Katherine A. Dettwyler a étudié l’allaitement chez les singes, notamment les anthropoïdes dont l’homme fait partie : Le gorille, l’orang-outan, le gibbon et le chimpanzé.
Elle a notamment cherché des corrélations entre le sevrage et d’autres variables.
A ce titre plusieurs facteurs ont été observés.
Certains d’entre eux pouvant être variables selon les populations observées, leur habitat, l’alimentation… elle s’est appuyée sur des facteurs dépendants du patrimoine génétique et donc invariables quelques soient les cultures humaines observées tels que la durée de la gestation.

Espèce

Gestation en mois Sevrage en mois

Sevrage en années

Sevrage/gestation

Homme 9

56

4,6

6,2

Gorille 8,5 52 4,4

6,2

Orang outan

8,6 36 3,4 4,2

Chimpanzé

7,6 48 4

6,4

Gibbon

6,8 24 2

3,6

 

D’autres facteurs génétiques, auxquels le sevrage a été observé chez les singes ont été observés comme :
– l’âge auquel les premières molaires permanentes apparaissent : autour de 5-6 chez l’homme;
– l’âge auquel le poids est quadruplé par rapport au poids de naissance : autour de 3-4 ans chez l’homme;
– l’âge à partir duquel le poids atteint correspond au tiers du poids adulte : autour de 6/7 ans chez l’homme, sachant que ce facteur génétique lui, peut varier à travers le monde.

A noter que ces observations offrent une large palette et comme pour bien d’autres domaines (acquisition de la marche, de la continence etc),un enfant n’en est pas un autre.

Influence autour de la mère

On note qu’à travers le temps, l’environnement proche ou moins proche de la mère a joué un rôle sur la menée de l’allaitement.
Cela est encore d’actualité, et influe grandement la menée de l’allaitement et le sevrage, notamment le moment où il a lieu.
On peut par exemple citer l’entourage. Selon que le.a conjoint.e, la famille, les ami.e.s soutiennent la maman.
Les collègues de travail lorsque la mère reprend le travail en cours d’allaitement.
Mais aussi les professionnel.le.s de santé, avec leurs recommandations.

Sevrage induit

Du coup bon nombre d’allaitements finissent actuellement par ce qu’on appelle un sevrage induit.
Ce sevrage peut être voulu, ou non.

En effet, il est parfois causé par une menée de l’allaitement basée sur un manque d’informations, ou des informations erronées.
On peut notamment citer le fait de ne pas allaiter à la demande, l’introduction du biberon, la mise en place d’un allaitement partiel (avec compléments), une diversification précoce/ou en remplacement des tétées…

Et malheureusement, bon nombre de ces conseils ne sont pas seulement dispensés par l’entourage, mais également des professionnel.le.s, de santé ou pas.

Quelques exemples :
– un médecin qui recommande le biberon parce que la prise de poids est trop faible, sans chercher à identifier pourquoi, ou y remédier autrement,
– un médecin qui recommande la diversification avant 6 mois,
– les encadrant.e.s de la crèche ou l’assistant.e maternel.le qui refuse tout autre contenant que le biberon, et/ou ne donne pas le lait à la demande voire fait pression pour arrêter le lait maternel et donner une PCN.
Etc etc, vous pouvez trouver de nombreux témoignages de cette désinformation sur la page Paye ton allaitement.
Je reprend également quelques mythes courants ici.

La quantité de lait bue par l’enfant par jour peut aussi influer.
En effet une étude scientifique montre qu’en deçà 300 à 400ml de lait par jour, la composition du lait en lactose, en protéines et en sodium peut influencer le sevrage. (étude citée dans le livre Breastfeeding, new anthropological approaches).

Après le sevrage induit peut aussi être voulu par la mère.
Le choix d’induire le sevrage est souvent différent d’une maman à l’autre.
Quelques exemples :
– Grossesse désirée avec un enfant en bas-âge,
– Fatigue,
– Reprise du travail,
– Absence prévue pour plusieurs jours,
– Arrivée à son objectif initial…

Si sevrage volontaire il est recommandé d’y aller progressivement, pour le bien-être de l’enfant comme pour le bien-être physique de la mère.
En effet, un sevrage soudain peut être brutal pour l’enfant, et causer un engorgement à la mère, voire une mastite.
Comptez un bon mois.

 

Pour aller plus loin:
Lectures : Au sein du monde, Bébés d’hier.
Liens : Taux d’allaitement dans le monde en 2017 par l’OMS.

Et vous les mamans qui allaitent ou ont allaité ?
Avez-vous allaité jusqu’au sevrage naturel ? Si oui, à quel âge s’est-il fait ?
Si non, qu’est-ce qui vous a décidée ?

6 Replies to “Le sevrage de l’allaitement

  1. Ici allaitement de 10mois et demi,un gros pincement car arrêt il y a même.pas 1 semaine,mais étant maman solo et bébé était pendu au sein toute la nuit j’étais épuisé. J’avais imaginer un allaitement long et je culpabilise savoir été égoïste.

  2. Bonjour, ici des allaitements de 9 mois (j’aurais fait plus si j’avais été mieux informée à cette époque), puis 12 mois (sevrage nocturne parce que je ne supportais plus le surdodo), sachant qu’après 6 mois j’avais introduit le lait artificiel pour la crèche. Actuellement bébé a 14 mois, n’ai jamais bu de lait en poudre, et toujours allaitée à la demande. Pas de sevrage prévu pour le moment mais c’est vraiment dur car mon entourage trouve que ça suffit, que ça ne sert plus à rien… en gros c’est moi qui veut poursuivre car c’est mon dernier bébé. Pour le moment je gère et la crèche est facilitatrice, ma doc n’est pas dans le jugement non plus mais je sais que les remarques en reunion de famille notamment à Noël seront difficiles à entendre et supporter…

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