Le cododo

Le cododo…
Avec l’allaitement et la fessée je crois que c’est l’un des sujets les plus passionnels des réseaux sociaux.
Tout le monde y va de son petit avis à coup de : « et le couple dans ton ça ? », « c’est une mauvaise habitude », « il.elle ne voudra jamais dormir dans son lit si vous commencez comme ça » etc etc.
Je peux faire une liste très longue des mythes liés au cododo, mais qui sait, ça sera peut-être l’objet d’un prochain article, un peu comme les mythes sur l’allaitement ^^

Qu’entend-on par cododo ?

Et bien contrairement à ce que beaucoup pensent, cela peut désigner deux pratiques distinctes.
On peut parler de cododo lorsqu’il y a :
– un partage de chambre : l’enfant partage la même chambre que son(ses) parent(s),
– mais aussi un partage du lit : quand l’enfant partage le lit de son(ses) parent(s).

En anglais on parle de co-sleeping, ou de bed sharing.
Dans cet article, je vais parler essentiellement du partage de lit.

Point historique sur le cododo

Le cododo est une pratique qui date de la nuit des temps.
Souvent pratiqué par les familles les plus modestes, qui vivaient dans des logements petits, avec plusieurs frères et soeurs, et les grands-parents.
Quand l’enfant ne dormait pas dans le lit parental contre sa mère, son berceau la suivait selon son activité : la chambre la nuit jusqu’aux champs la journée avec des modèles transportables.

Dans les familles riches, les enfants n’étaient souvent pas allaités par leur mère mais par une nourrice.
De la même manière, certains avaient une berceresse, chargée de balancer le lit pour le bercer et l’endormir.

En occident, il a commencé à être décrié au Moyen-âge, principalement par l’Eglise.
En cause, des cas d’étouffements pendant la nuit, dont des suspicions d’infanticides.

Pourquoi faire du cododo ?

Les institutions à travers le monde recommandent le cododo, au moins pendant les six premiers mois : OMS, UNICEF, COFAM ou encore l’INPES qui depuis peu le fait apparaitre dans les carnets de santé français.

Mais quels bienfaits/avantages ?

  • Moins de risques de MSN : Des études de 2014 indiquent que les nourrissons humains ne sont pas totalement développés neurologiquement à la naissance, et nécessitent donc un contact physique étroit pour la sécurité, la régulation physiologique et l’alimentation fréquente. Les auteurs soutiennent que les réveils fréquents les six premiers mois de vie, sont normaux et vitaux. Petit article ici à ce sujet.
  • Enfant rassuré : Le cododo permet de répondre immédiatement ou quasi lorsque l’enfant en a besoin. Il est rassuré, sécurisé face à ses peurs et angoisses. Pas de pleurs ou quasi pas, pas ou presque pas de  production d’hormones de stress. L’enfant se sent alors en sécurité affective, besoin tout aussi important que la sécurité physique.
    Un petit dessin plutôt parlant à ce sujet, de Fanny Vella, illustratrice, que vous pouvez retrouver sur Facebook ou encore Instagram.cododo
  • Parent.s rassuré.s : Sans chercher à se leurrer, qui n’a jamais eu d’inquiétude en pensant à son bébé dans sa chambre ? Il n’a pas trop chaud ? Pas trop froid ? Est bien installé ? Respire bien ? … Avec le cododo, pas besoin de babyphone, on entend bébé. Il y a un contact visuel également. De quoi être vigilant.e et rassuré.e.
  • Parent.s reposé.s : L’enfant étant dans le lit ou dans la chambre, lors des nombreux réveils la nuit le parent s’évite des allers retours.
    Lorsque la mère allaite et partage son lit, elle peut allaiter allongée, voire en dormant.
    Cela lui permet de se reposer de manière plus « efficace ».
  • De plus, lors d’un allaitement, les tétées nocturnes ont leur importance, et le cododo permet d’y répondre plus favorablement. Un petit lien ici, et un extrait du livre « Etre parent la nuit aussi » du Dr William Sears : « Le bébé humain fait partie d’une espèce qui a besoin de contact continu. La composition du lait de chaque espèce donne des indices sur le type de soins maternels spécifiques à cette espèce. Les animaux qui laissent leurs petits pendant des périodes prolongées produisent un lait riche en matières grasses et en protéines, qui satisfait les besoins du petit pendant une période relativement longue entre les tétées. Le lait humain est plutôt pauvre en matières grasses et en protéines, ce qui nécessite des tétées fréquentes, apparemment continuelles. Le bébé humain est fait pour être porté le jour et blotti contre sa mère la nuit, et non pour dormir séparé d’elle avant d’y être prêt. ».

 

Comment faire du cododo ?

Le cododo apporte pas mal de bienfaits et d’avantages conséquents c’est un fait.

Mais il y a malgré tout quelques règles de sécurité à respecter :
– il est préférable de pratiquer le partage de lit quand la mère allaite,
– le(s) parent(s) ne doit(vent) pas être fumeur(s), ni avoir bu, ou consommé toute substance susceptible(s) d’altérer sa réactivité et d’entraver son réveil,
– le matelas doit être suffisamment ferme, éviter de dormir sur un canapé par exemple,
– il vaut mieux placer l’enfant du côté de la mère, et non au milieu,
– ne pas mettre d’oreiller ou de couette à hauteur de l’enfant. On peut par exemple le mettre dans une gigoteuse et le placer au dessus de la couette du.des parent.s,
le lit doit être placé contre un mur, sans trou possible entre le mur et le lit, ou avec une barrière de lit, pour éviter les chutes,
– avoir un couchage suffisamment grand lorsqu’il y a un partage de lit avec plusieurs enfants (par exemple un grand frère ou une grande soeur),
ne pas laisser l’accès au lit aux animaux de compagnie.

Cependant, avec le respect des règles citées plus haut, les risques, d’étouffement ou de MSN, sont mineurs.

D’ailleurs, les détracteurs du cododo mettent souvent en avant une étude qui a été faite, disant que le cododo augmenterait de 85% le risque de MSN, mais sans préciser si les règles de sécurité étaient respectées lors de cette étude. Elle a d’ailleurs été remise en cause par beaucoup de professionnel (infos ici).

On peut en citer deux autres :
– En 2000 lors d’une rencontre internationale sur la MSN à Auckland, en Nouvelle Zélande, une étude réalisée au Canada, présentée par Sankaran a montré que quand l’allaitement et une forme de cosleeping cohabitaient, les décès par MSN étaient réduits,
– Une étude effectuée en Afrique du Sud, par M.A. Kibel and M.F. Davies, indique que les bébés qui partagent le lit des parents ont un taux de survie supérieur aux bébés qui dorment seuls.
On peut également parler de Hong Kong qui possède l’un des taux les plus bas du monde de MSN, alors que le cosleeping y est une norme.

En plus de celles-là, en Grande-Bretagne en 2015 ont été recensés 191 morts d’enfants liées à la MSN.
Sur ces 191 morts, la moitié dormaient seuls, l’autre moitié en cododo. Et il est estimé que 90% de ces décès se sont produits dans des situations dangereuses, qui auraient pu être évitées en respectant les règles de couchages.

Un petit panneau avec l’estimation des risques de l’UNICEF :

cododo

Avec une petite traduction :

cododo

 

D’ailleurs, on peut aussi souligner, qu’il existe également des règles de sécurité pour coucher un enfant dans son lit, que ce soit dans une chambre partagée, ou dans une chambre seul :
– Coucher l’enfant sur le dos,
Préférer la gigoteuse, et éviter de mettre une couette ou un oreiller dans le lit,
Eviter de mettre quoique ce soit dans le lit, comme des doudous,
Eviter les tours de lit,
Préférer un matelas ferme.

Pour le(s) parent(s) qui le souhaite(nt), il existe des modèles de lit commercialisés, pour permettre de garder un espace distinct pour l’enfant et pour ses parents.
Par exemple un des plus connus, le Next to me de Chicco.

Sinon il est également possible voire souhaitable de ré organiser l’organisation pour permettre à tou.te.s de dormir de manière confortable et éviter que l’un des parents finisse par découcher.
Par exemple une installation avec sommier au sol, un lit plus grand…
En n’achetant pas de berceau ou lit évolutif comme cela se fait souvent, ça ne représente pas un coût énorme.

Quelques exemples d’installation possibles fournies par des mamans sur les réseaux sociaux :
– Un lit de 160*200 avec un lit une place :

cododo
– Un lit deux places avec un Next to me :

cododo

 

Le cododo à travers le monde :

J’en parle brièvement juste au-dessus, mais du coup, le cododo est une pratique extrêmement répandue à travers le monde.

Au Japon, 71% des enfants de moins de 3 ans dorment avec leurs parents.
En Chine c’est 88% des bébés de 3 mois.
En Suède en 2001 c’était 65% des bébés de 3 mois.

Et les enfants de ces différents pays ne sont pas pourtant moins autonomes qu’ailleurs.
Les « problèmes de sommeil » d’enfants restent un sujet très occidental, avec d’ailleurs un volume phénoménal de produits vendus par les laboratoires censés les faciliter comme Pédiakid, Calmosine…

Pour aller plus loin :

Allaitement et partage du lit, de James McKenna,
Des liens de l’UNICEF : ici et ,
Un article sur le sujet de Parents naturellement avec pas mal de pistes de lectures sur le sujet.

Et vous ? Vous avez pratiqué le cododo ?
Si oui qu’est-ce qui vous y a poussé ?

8 Replies to “Le cododo

  1. Super article!!
    Depuis la maternité malgré qu’on m’ai mis à disposition un lit cododo ma fille ne supportait pas d’être dedans. Donc je l’ai naturellement pris pour dormir avec moi. En rentrant à la maison son lit cododo l’attendait mais elle ne voulait toujours pas y aller donc ça va faire 3 mois et demi que nous pratiquons le partage de lit.
    Et vu que j’allaite effectivement ça aide bien. Il m’arrive de ne plus me souvenir les heures de réveils car je me rendors immédiatement après la mise au sein.

    Super livre « Allaitement et partage de lit » je l’ai lu la semaine dernière!

  2. Bonjour,

    merci pour cet article. Malheureusement je trouve que l’ambiguité co-sleeping/bed-sharing est très présente. Vous commencez l’article en disant « il ne faut pas confondre / on va principalement parler de bed-sharing dans cet article ». Et après, vous parlez de l’OMS et du carnet de santé qui recommande le co-sleeping pendant 6 mois et non le bed sharing. Je cite le lien du carnet de santé « faire dormir, si cela est possible, le bébé dans la chambre de ses parents pendant les 6 premiers mois au minimum. « .

    Je trouve que cela n’est pas cohérent et entretient un flou entre ces 2 pratiques.

    Camille

    1. Bonjour, je ne l’avais pas vu comme ça.
      mais quand je dis essentiellement ça veut dire à plus grande part, mais pas que
      le bed sharing est aussi du cododo
      et le carnet de santé quand il parle de dormir dans la chambre des parents ne précise pas il me semble

  3. Avec l’allaitement, bébé dans son berceau dans notre chambre. Et en fonction des besoins je les prenais avec moi, m’endormais souvent en les allaitant allongée dans mon lit.
    En gros, j’ai suivi mon intuition pour me faciliter la vie et dormir un maximum tout en respectant les règles de sécurité. Et mes enfants dorment très bien aujourd’hui !

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