Mythe : allaitement et fatigue, une mère est plus fatiguée quand elle allaite

  • Post last modified:15 septembre 2021
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Nouveau jour, nouveau mythe. Et je m’attaque aujourd’hui à du lourd, qui mine de rien est établi chez beaucoup de monde. Allaitement et fatigue.
On retrouve en effet souvent dans des discussions entre mères, sur les réseaux sociaux ce sujet. Mais au final, est-ce fondé de dire que l’allaitement génère plus de fatigue pour une mère ?
Spoil : non ! Et on va voir ensemble pourquoi.

Le rythme des tétées

C’est un fait, quand on allaite le rythme des tétées est fréquent. En moyenne 8 à 12 tétées par 24 heures.  
On suit un principe dit « à la demande ». L’enfant stimule ainsi la production de lait de sa mère, et obtient la quantité de lait qu’il lui faut sur une journée. 
Sachant que le lait maternel se digère plus rapidement qu’une PCN.
 
En ce sens, on lit souvent qu’une mère qui allaite doit être plus disponible et est plus sollicitée.
Pourtant des études montrent que ce n’est pas le cas. Voire au contraire. Donner un biberon la nuit nécessite de se lever, pas donner le sein. Idem pendant la journée, il est possible d’allaiter partout, sans avoir de préparation ni de nettoyage ensuite. 
Dans le cas de jumeaux ou de triplé.e.s par exemple, allaiter permettrait de « gagner » 15h par semaine à la mère/aux parents.

Les tétées nocturnes

On l’a dit allaiter la nuit ne nécessite pas nécessairement de se lever.
En effet la mère peut faire du cododo avec son enfant. Que ce soit en partageant sa chambre, ou le lit avec l’enfant. En anglais on parle de co-sleeping ou de bed sharing. 

En dehors du fait que dans le cas du cododo la mère peut allaiter allongée, voire en dormant, rappelons qu’un bébé a besoins de plusieurs mois voire années pour intégrer le rythme circadien que nous avons adultes. Nous-mêmes nous réveillons également plusieurs fois la nuit, même si dans la majeure partie des cas nous nous rendormons sans en avoir conscience ou souvenir. 
C’est pareil pour les enfants, y compris ceux qui ne sont pas allaité.e.s. Nombreux peuvent être les réveils nocturnes pour prendre un biberon, changer une couche, remettre la tétine si on en donne une, etc. 

Les tétées nocturnes, au-delà du côté calin et rassurant pour l’enfant, permettent de profiter du pic de prolactine qui augmente la nuit. Les tétées la nuit sont aussi en général plus efficaces, l’enfant n’ayant pas de « distraction » autour. Et c’est un moment privilégié pour l’enfant et sa mère de se retrouver, particulièrement lorsqu’il y a séparation en journée (par exemple dans le cas d’une reprise du travail).
 
Les risques de MSN sont également réduits (si cododo il doit être sécuritaire, plus d’infos à ce sujet ici).

L'ocytocine

On l’a dit plus haut, la nuit il y a un pic de prolactine. 
Mais bien d’autres hormones entrent en jeu lors de l’allaitement.
L’ocytocine en particulier, appelée aussi hormone du bonheur, a différents rôles pour une mère. Elle permet entre autres l’expulsion du bébé lors de l’accouchement et accentue l’attachement entre mère et bébé.
En ce qui concerne l’allaitement elle est sécrétée lors de la succion du bébé, mais pas que. Le peau à peau est y également particulièrement propice, des pensées également (c’est pour cela qu’il est souvent recommandé aux tire-allaitantes de regarder une photo de leur bébé en son absence pendant le tirage).
Sa sécrétion au cours de la tétée permet l’éjection du lait. 

Mais téter n’a pas qu’une fonction nutritive. On l’a dit, les contacts physiques, les regards, les câlins au cours de la tétée permettent également de secréter de l’ocytocine. La détente et l’apaisement ressentis permettent à la mère de se rendormir sereinement et aisément. 

Le cododo

On l’a vu plus haut, le cododo permet de ne pas nécessairement se lever pour une tétée. Et l’ocytocine sécrétée favorise un rendormissement rapide et aisé. 
Le cododo est donc un bon allié de la mère/des parents (y compris lorsque l’enfant n’est pas allaité.e d’ailleurs).

Beaucoup de mythes subsistent malgré tout à ce sujet. J’en ai fais un article pour en rire ici, mais quelques exemples :
– Si vous ne le/la mettez pas dans sa chambre vous ne serez jamais tranquilles, 
– Le papa va se sentir exclu, 
– Vous n’aurez plus de vie sexuelle, etc.

Pourtant, même en cododo le père peut se lever au besoin et prendre en charge son enfant. Lui changer sa couche, le câliner, le placer au sein de la mère au besoin.
Le cododo favorise le lien entre l’enfant et son père. Et l’enfant et son autre parent tout court, parce qu’un couple parental n’est pas forcément composé d’un père et d’une mère… Pour un couple de femmes on entend assez peu ce genre de remarques.

Concernant l’intimité et les relations sexuelles, scoop : il existe d’autres endroits que le lit !
Et comme le dit si bien Maman Lune : « Un bébé s’immiscera dans votre vie entière. ».

Sans parler du fait que les heures de sommeil gagnées ne peuvent être qu’un facteur de meilleure relation entre les parents. Rien de pire que la fatigue et la rancoeur pour altérer la communication et la relation.

Le relais, le soutien

On parle de l’autre parent, mais il n’est pas toujours présent auprès de son enfant pour diverses raisons.
Lorsqu’une mère élève seule son enfant, elle est exposée d’autant plus à des remarques et critiques. 

Pourtant les bénéfices cités plus haut à l’allaitement et au cododo la concerne de la même manière. 

Et s’il n’y a pas d’autre parent, il n’en reste pas moins qu’elle peut trouver relais et soutien auprès d’autres personnes, de la même manière que n’importe quelle mère.

La famille, les ami.es, mais aussi parfois des collègues, des voisin.e.s ou encore d’autres parents via des cercles de parole, des groupes de soutien à l’allaitement, des rencontres au LAEP, etc.

Cela étant dit, si cet article vise à rétablir quelques faits il ne vise pas à délégitimiser la fatigue ressentie par des mères. Si de manière générale allaiter ne fatigue pas plus que ne pas le faire, une mère allaitante peut tout à fait ressentir de la fatigue. C’est simplement trop facile de mettre sur le dos de l’allaitement cette fatigue comme le font beaucoup, y compris des pros. Cela incite à ne pas creuser la situation alors que ça pourrait aider de le faire (lorsque l’enfant tète particulièrement souvent cela peut traduire une prise incorrecte du sein ou du reflux par exemple).

Un soutien par des professionnel.le.s formé.e.s est en ce sens particulièrement important. 

Pour aller plus loin

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