Grossesse et tabac, allaitement et tabac

Si les chiffres ont tendance à être tirés vers le bas ces dernières années, en 2019 30,4% des Français.e.s déclaraient fumer, au moins occasionnellement. 54% sont des hommes, 46% des femmes.
Le sujet préoccupe pas mal de (futures) mamans, je vais donc y consacrer cet article.

Les risques

Ce n’est pas une surprise, on sait généralement qu’il y a des risques à fumer, pour soi comme pour les autres. Mais le détail de ces risques est malheureusement peu connu.
Je ne pouvais commencer cet article sans en faire un petit rappel.
Le tabagisme est mortel. En effet, chaque année 75 000 personnes en meurent.
C’est actuellement en France la première cause de mortalité évitable. (Source).

Le tabagisme augmente les risques :
– de cancer,
– de maladies cardio-vasculaires,
– d’aggravation ou de développement de maladies pulmonaires.

Ces risques concernent les fumeur.se.s, mais pas que.
Même si les lois de 2008 encadrent un peu plus les endroits où fumer est autorisé  (pour rappel ces lois interdisent de fumer dans les lieux publics comme le lieu de travail, les restaurants et bars, etc.), le tabagisme passif peut toucher n’importe qui.

Le tabac pendant la grossesse et l’allaitement

Dans certaines situations, on peut être plus vulnérable face à ces risques. C’est notamment le cas lors d’une grossesse ou d’un allaitement.
En effet l’enfant est exposé.e et il existe des risques de :
– grossesse extra-utérine,
– retard de croissance intra-utérine et risque de prématurité,
– risques de troubles respiratoires de l’enfant à la naissance.
Après l’accouchement l’enfant est exposé.e au tabagisme passif,  avec les risques cités plus haut mais d’autres conséquences possibles.
Par exemple les risques de MSN (Mort Subite du Nourrisson) sont accrus, cela peut lui causer du reflux, des coliques.
Concernant l’allaitement cela peut entraîner une diminution de la production du lait par la mère, gêner le réflexe d’éjection, changer le goût du lait (ce qui peut gêner le bébé), etc.

Un certain nombre de mères font alors le choix de ne pas allaiter. Pourtant, des études montrent que continuer à fumer en n’allaitant pas serait plus préjudiciable.
En effet, l’enfant serait exposé au tabagisme passif sans bénéficier de tous les bienfaits de l’allaitement. La mère se priverait également des bienfaits que l’allaitement lui apporterait. (Pour rappel).
D’après la Leche League : « On peut donc dire que les bienfaits de l’allaitement, surtout s’il dure plus de six mois (3), atténuent les méfaits du tabagisme passif pour le bébé (problèmes respiratoires et digestifs, coliques, risque plus élevé de mort subite, agitation, moins bonne croissance…). ».
L’association des lactariums, quant à elle, avance qu’encourager les mères à prolonger l’allaitement aiderait à contrebalancer les effets négatifs du tabac (source). Cependant, quand la mère fume les chances que l’allaitement se finisse avant trois mois sont deux fois plus nombreuses. Les mères ont donc particulièrement intérêt à se faire accompagner par un.e professionnel.le formé.e à l’allaitement, afin de compenser au maximum les effets du tabac sur l’allaitement et prolonger au maximum l’allaitement.
La nicotine passant dans le sang et le lait, il est aussi préférable pour l’enfant que la mère l’allaite après l’accouchement pour lui éviter les désagréments et l’inconfort d’un sevrage brutal.

Après cela peut aussi être un moment privilégié pour qu’une prise de conscience débute et conduise vers un sevrage du tabac. Dans un couple de fumeur.se.s sevrer de manière conjointe permettrait un soutien mutuel, et de réduire le tabagisme passif. Une étude montre qu’un allaitement dit prolongé réduit les risques de rechute.

Pistes pour se faire aider vers l’arrêt

L’arrêt du tabac reste la solution à privilégier. Cela dit, le tabac reste une addiction. Et comme toute addiction, il n’est pas aisé voire franchement difficile de s’en défaire.
Si les autorités sanitaires recommandent l’arrêt du tabac avant la conception d’un bébé, un bébé n’est pas toujours la conséquence de plans faits des mois avant.

De plus, arrêter peut demander de la préparation, du temps, et surtout un accompagnement. En effet, un traitement peut également être nécessaire pour diminuer les effets du sevrage qui peuvent être désagréables.
L’accompagnement par un.e professionnel.le augmente de 70% les chances de réussir le sevrage.
Cet accompagnement peut être mené par différent.e.s professionnel.le.s de santé, notamment par un.e tabacologue. Un moteur de recherche est disponible ici pour en trouver un.e. Sinon il est possible d’en contacter au 39 89 (service gratuit, disponible du lundi au samedi de 8h à 20h). N’hésitez pas à en parler à votre généraliste, ou encore votre sage-femme.

De manière générale le site Tabac info service est riche en informations et pistes.
Mais également le site Mois sans tabac. Il est notamment possible d’y commander gratuitement un kit d’aide à l’arrêt, avec un programme de 40 jours disponible par mail, avec un e-coaching sur Facebook ou leur application.

A savoir : les traitements par substituts nicotiques sont pris en charge à 65% par la sécurité sociale sur prescription médicale ou para médicale (sage-femme pour les femmes enceintes, médecin du travail, chirurgien-dentiste, infirmier, masseur-kinésithérapeute).

Après, d’autres recours cumulatifs ou non peuvent aider selon les personnes., notamment creuser les raisons qui poussent à fumer et tenter d’y remédier. Par exemple on peut changer ses routines, en évitant par exemple les situations habituelles où l’on fume.
Si la cause principale est le stress, en identifier les causes, et si possible y remédier à la source. Il existe d’autres manières de gérer le stress et le tabac est un faux ami (augmentation du pouls, pensée qu’on ne peut pas gérer sans, etc.). On peut aussi pratiquer un sport (sécrétion d’endorphines qui donnent du bien-être, essayer l’hypnose; ou encore s’accorder autant que possible une activité qui détende.

Quoi faire pour aider à réduire les risques ?

Lorsqu’arrêter est compliqué, prendre quelques mesures peut aider au quotidien :
– réduire sa consommation dans la mesure du possible,
– ne pas fumer en présence du bébé, y compris à l’extérieur,
– ne pas fumer chez soi, y compris en l’absence de bébé,
– porter un vêtement dédié à retirer ensuite,
– s’attacher les cheveux,
– se laver les mains et la bouche après avoir fumé,
– fumer juste après une tétée pour éloigner le plus possible de la suivante.
Certaines de ces mesures peuvent être mises en place par les deux parents lorsqu’ils fument.

S’il est préférable d’éloigner le plus possible une tétée, si le bébé en a besoin il vaut mieux ne pas le faire attendre. Ni donner un biberon de PCN.
Il est admis que le lait maternel en fumant reste préférable à une PCN.
Concernant le cododo, selon l’UNICEF les risques de MSN sont multipliés par 4 :

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Et la cigarette électronique ?

La cigarette électronique peut sembler une bonne alternative.
Cela dit elle reste controversée, et ne fait pas consensus auprès des professionnel.le.s.
Pour certain.e.s elle peut permettre de se sevrer progressivement en diminuant petit à petit la dose de nicotine jusqu’à ne plus en mettre du tout. Pour d’autres cela entretiendrait la dépendance comportementale. Tabac Info Service dit que d’après les connaissances scientifiques actuelles en France elle ne ferait pas prendre de risques à court terme.
Cela dit pour les substances toxiques, si celles-ci sont moins nombreuses que pour une cigarette « classique » on a moins d’études sur les effets sur la santé. Surtout à moyen et long terme.
Si l’OMS reconnaît qu’elles sont probablement moins toxiques que la cigarette, elle les qualifie néanmoins d’incontestablement nocives.
En tous les cas actuellement il est autant interdit de vapoter que de fumer dans les lieux publics.

 

Sources/Pour aller plus loin :

solidarites-sante.gouv,
tabac info service,
– Le nombre de fumeuses continue de diminuer en France, Le Monde,
– Cigarette électronique : danger, effets, utile pour arrêter de fumer ?, Journal des femmes,
AA 56 : Allaitement et tabac, par la LLL.

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