Pourquoi et quand garder son argent en ce qui concerne le sommeil de bébé ?

Le sommeil est un des sujets entraînant le plus de consultations pour les enfants en bas-âge.
C’est une préoccupation majeure des parents. Presque 45 millions de résultats de recherche sur Google quand on tape sommeil de bébé en recherche…
En même temps c’est un sujet à propos duquel on entend pas mal de choses, et beaucoup de n’importe quoi. De nombreux mythes et à priori survivent, malgré les recherches et avancées en neurosciences.
Qui n’a jamais entendu l’expression « Dormir comme un bébé » ? Ou encore des membres de l’entourage, des connaissances et même des professionnel.le.s de santé, affirmer qu’un bébé devrait dormir 12H par nuit, de 20h à 8h environ.
A se demander si ces gens ont déjà eu des bébés. Ou s’ils sont victimes d’amnésie traumatique.
L’idée qu’un bébé devrait dormir toute la nuit est tellement ancrée qu’elle fait culpabiliser bon nombre de parents au quotidien, et les pousse à pas mal de comportements :
– laisser pleurer, souvent plusieurs nuits,
– arrêter l’allaitement volontairement ou non, par exemple en arrêtant de donner le sein la nuit volontairement, avec l’idée que l’enfant dormirait toute la nuit par la suite. Ou encore en donnant un biberon à la place de la tétée avant le coucher, avec parfois autre chose qu’une PCN,
– donner des produits en tout genre censés faciliter l’endormissement/le sommeil, comme des tisanes, des sirops…

De nombreux sites et livres sont dédiés aux sujets, et la majorité d’entre eux vantent souvent une méthode miracle, qui permettrait au parent de dormir la nuit.
Parce que oui, il ne faut pas se leurrer, ces méthodes n’ont aucunement pour but le bien-être de l’enfant. Elles visent à permettre au parent de ne plus avoir à se réveiller, en niant les besoins de l’enfant.
Pas mal de ces bonimenteurs et bonimenteuses sont très forts au niveau marketing, et rédigent leurs textes de manière à rassurer et déculpabiliser le parent. La méthode miracle prendrait en compte les besoins de l’enfant, parce que se réveiller fréquemment pour l’enfant ne serait pas confortable. Serait nocif à son développement. Téter la nuit induirait un risque pour sa santé dentaire. Etc etc.
Autant d’arguments qui donneraient l’impression qu’iles ne font ça que pour le bien-être de votre bébé.
D’autant que pas mal se prévalent de titres médicaux : « livre rédigé par un.e pédiatre », par « une spécialiste des questions familiales et éducatives » etc.
Mais pour ça, il faut passer à la caisse…
Ah bah oui, ils font surtout ça pour le bien-être de leur porte-monnaie. Rien n’est gratuit dans la vie, tout travail mérite salaire, mais là on a parfois de belles surprises quand on découvre les tarifs.

Un petit tour des tarifs :

Pour les sirops en tout genre :
7,99€ les 125ml de sirop P*******. Et qu’est-ce qu’on trouve dans ce sirop qui « Améliore la qualité du sommeil et favorise l’endormissement » « Pour plus de détente et de calme en journée » ? 40% de sirop d’agave ! Premier composant du sirop. Autrement dit ? Du sucre. Agrémenté d’un peu d’extraits de plantes en tout genre : acacia, lavande, camomille…, de conservateurs en tout genre et d’arôme de cerise.
D’après eux c’est ok dès que l’enfant est diversifié… donc 6 mois quoi (voire avant pour celles et ceux qui ne respectent pas les recommandations). En cure de un ou deux mois au rythme d’une cuillère à café par jour…

Les consultant.e.s en sommeil et autres titres en tout genre.
Quand on tape coaching dans Google on nous propose comme assemblage de mots clés « coaching bébé sommeil ». Oui oui… Coacher le sommeil d’un bébé.
Et là niveau tarif on est loin des 7 euros d’un sirop, 15 à 20 euros un livre ou 20 à 30 euros un PDF sur un site internet. Y a pas de moyenne d’ailleurs on peut trouver un peu de tout.
50 euros l’heure pour une consultation téléphonique chez l’une. 350 euros l’accompagnement sur deux semaines chez l’autre. 230 euros + 50 euros de déplacement pour 2h chez soi encore chez une autre.
Si les tarifs varient, les conseils varient peu. Après avoir récolté des témoignages de mères ayant fait appel à une période à ce type de consultantes/coachs, on constate que les conseils prodigués sont souvent les mêmes : Introduire des rituels d’endormissement, arrêter de proposer le sein la nuit pour celles qui allaitent, quitte à introduire une tétine ou des biberons. Pour celles qui n’allaitent pas, remplacer la PCN par de l’eau pour finir par ne plus proposer de biberons du tout. Et ce parfois pour des bébés encore touts petits pour qui le lait/la PCN est essentiel.le nuit comme jour. Ne plus prendre l’enfant dans ses bras la nuit, le rassurer en étant à côté de lui, en le touchant par exemple avec une main dans le dos, pour par la suite ne plus mettre la main et le rassurer par la parole et pour finir par ne plus venir.
Souvent de laisser pleurer plusieurs nuits, jusqu’à ce que l’enfant renonce.

La nocivité de pas mal de conseils

On a vu plus haut pas mal de « conseils » prodigués. Si pas mal de monde les reprend en prétendant que l’on a fait pareil il y a quelques décennies et que nous en sommes pas morts il n’empêche que pas mal de ces conseils en plus d’avoir pour but de soutirer de l’argent à des parents désespérés sont nocifs.
Tétine, biberon, sevrage nocturnes, pas mal de ces conseils entraînent des sevrages nocturnes/sevrages. Quand il n’est pas dit clairement aux parents que sevrer le bébé entraînerait des nuits complètes.
Le sucre et les produits sucrés ne sont pas recommandés avant 3 ans. Donner des sirops, composés en partie de sucres, est mauvais pour la santé de manière générale, pour la dentition, et entraîne une appétence.
– Donner des tisanes comme on peut parfois lire, surtout à des enfants de moins de 6 mois, remplit l’estomac de l’enfant, au détriment des tétées/biberons de PCN. Quand c’est fait de manière quotidienne cela peut entraîner une dénutrition et une perte de poids de l’enfant. Même de manière ponctuelle ce n’est pas recommandé.
– Donner des farines au biberon, ou épaissir son propre lait ou une PCN avec de la farine. En plus des risques du biberon en cas d’allaitement cité plus haut, introduire trop tôt autre chose que du lait entraîne des risques pour la santé (plus de détails ici). En plus de cela, les farines du commerce à destination des bébés sont également riches en sucre et accentuent les risques d’obésité infantile, sans parler de l’inconfort que ça peut provoquer au bébé. Imaginez vous manger deux repas juste avant de dormir ?
– Il est souvent recommandé de laisser pleurer l’enfant. En dehors du fait que laisser pleurer un bébé sciemment est une violence éducative et peut même être considéré comme de la maltraitance, les neurosciences sont formelles sur le sujet, basées sur des études : laisser pleurer un enfant est nocif. De manière répétée cela peut endommager son système nerveux central. Les conséquences corporelles et psychiques peuvent se répercuter sur l’ensemble de sa vie. Plus d’infos ici et pas mal d’autres pistes de lecture à ce sujet .
Sans parler de la détérioration du lien d’attachement entre le bébé et son adulte référent.


Dessin illustré par Fanny Vella.

La faute aux médias et professionnel.le.s ?

Quelle part de responsabilité ont les médias et les professionnel.le.s ?
Quand on cherche des infos sur le sommeil d’un bébé, voici quelques extraits trouvés en première page de recherche Google :

« Normalement, vers 3 mois, l’enfant dort de 14 à 16 heures sur 24. De plus, il commence à dormir pendant de plus longues périodes la nuit. C’est donc souvent autour de 3 mois que les bébés commencent à faire leurs nuits, c’est-à-dire dormir de 5 à 6 heures de suite pendant la nuit. »
« Laisser pleurer un bébé pour qu’il apprenne à s’endormir est une technique d’entraînement au sommeil controversée. Dans certains cas, il vaut toutefois mieux essayer cette technique d’entraînement au sommeil qu’être déprimé et fâché parce que votre enfant ne veut pas dormir, ce qui pourrait alors nuire à la relation entre vous et lui. »
Sur le site Naître et grandir

« – Dormir dans la chambre des parents : durant les premières semaines, il est normal que le bébé dorme dans leur chambre pour une raison pratique, surtout si la mère l’allaite. Mais, au bout d’un temps très variable, le bébé doit dormir dans une chambre séparée afin que les parents retrouvent leur vie de couple.
– Ne pas se précipiter quand le bébé pleure un peu. L’enfant se calmera tout seul, s’il ressent vraiment un besoin, il continuera à pleurer et les parents comprendront qu’il les appelle. »
Le site passeport santé

« Attention aux mauvaises habitudes. Vous venez de coucher votre bébé et il se met à hurler ? Bien que ce soit très tentant, et surtout difficile de résister, n’intervenez pas tout de suite. Laissez-lui une chance de s’endormir seul. Si cela ne marche pas, entrez dans la chambre afin de vous assurer qu’il va bien : un rot le gêne peut-être ? Il a perdu sa tétine ? Si c’est le cas, répétez-lui qu’il est temps de dormir en le rassurant. Si les pleurs continuent, faites de brèves apparitions afin qu’il sente que vous êtes là, mais surtout ne le prenez pas dans vos bras. Le mettre dans son lit pour qu’il dorme et le reprendre dans vos bras cinq minutes plus tard : le message est paradoxal pour votre tout-petit. Que doit-il faire ? Dormir ou faire un câlin ? »
Le site enfant.com

« Bébé se réveille toutes les nuits : c’est normal au début !
Entre 0 et 3 mois, Bébé ne distingue pas vraiment le jour de la nuit et ses réveils sont réglés par la faim. Il ne s’agit donc pas d’un caprice mais d’un véritable besoin physiologique.
Entre 3 et 9 mois, Bébé continue de se réveiller régulièrement la nuit. Comme la majorité des adultes d’ailleurs, même si nous ne nous en souvenons pas forcément le matin. Le seul problème, c’est que notre tout-petit, lui, est incapable de se rendormir seul si on ne l’y a pas habitué.
 A faire : on ne se précipite pas immédiatement à son chevet, et on évite de trop prolonger les câlins. On lui parle doucement pour le calmer, puis on quitte sa chambre. »
Le site Parents

« Il n’existe pas d’indicateur fiable à 100% pour prévoir quand interviendra cette maturité cérébrale du sommeil chez les bébés ; cependant, il semble admis que le bébé sera en mesure de ne plus avoir d’éveil nocturne et de traverser un long tunnel de 8 heures de sommeil s’il a atteint le poids de 5 kg (ce qui signifie qu’il est en mesure d’avoir des réserves énergétiques suffisantes pour y puiser durant quelques heures). Certes, certains bébés font leurs nuits avant d’avoir atteint ce poids, tandis que d’autres le dépassent tout en continuant à réclamer encore à manger vigoureusement en plein cœur de la nuit. Il ne s’agit que d’un repère indicatif et non d’un sésame vous garantissant la possibilité de dormir…En revanche, ce repère est utile pour réorienter le comportement de votre enfant. Si votre petit bout pèse plus de 5 kg, est en bonne santé et continue de se réveiller plusieurs fois par nuit, il faut l’aider à se remettre sur le droit chemin en ne répondant pas à ses pleurs par de la nourriture (ni par un biberon d’eau), mais par des paroles rassurantes et une attitude confiante en sa propre capacité à trouver seul le sommeil et à dormir une nuit complète. »
Le site Blédina

Dans quels cas et qui consulter ?

Difficile d’évaluer quand la fréquence des réveils cache quelque chose, mais on peut partir du principe que si l’enfant se réveille vraiment particulièrement souvent, y compris pendant les siestes (toutes les heures) et/ou semble être douloureux il faudrait en parler avec le ou la professionnel.le de santé qui le suit, et explorer quelques pistes.
Quand on creuse sur le groupe Allaiter en maternant, il y a souvent du reflux, qui peut être interne, derrière des réveils très fréquents et un grand besoin de proximité.
Rosa Jové parle dans son livre dont je vous parle ensuite d’un cas où l’enfant était irritable à longueur de journée, et ne dormait que la tête contre la poitrine de sa mère. Les parents s’étaient fait dire de la laisser pleurer et lui tenir tête. Il s’est avérée au final que la petite souffrait d’une otite moyenne aigüe, traitée par la pose d’un drain.
Allergies, reflux, tensions physiques, maladie, croissance de bébé… Sans paniquer, autant de pistes à ne pas négliger.

Quelques pistes

Générales :

– De manière générale le cododo aide enfant et parents. Que ce soit en partageant le lit en respectant les règles de sécurité, ou en plaçant le lit de l’enfant dans la chambre parentale. (les règles du cododo sont reprises ici). En effet il réduit les risques de MSN. Evite les allers retours au parent, et lui permet d’être rassuré en ayant bébé près de soi. Rassure l’enfant également qui peut se voir nourrir et/ou rassurer dès qu’il en montre le besoin.
Rappelons que les institutions à travers le monde recommandent le cododo, au moins pendant les six premiers mois. Si en France on n’a pas l’habitude que cela dure ensuite, cela se fait pourtant de plus en plus, et est courant dans des pays étrangers comme le Japon.
Ne pas écouter les conseils de l’entourage. Cela peut être difficile mais souvent on nous parle de la fille du cousin du frère de la voisine qui aurait fait ses nuits à un mois. Le sommeil est un sujet sensible entre parents et souvent des parents n’osent pas reconnaître les difficultés qu’ils éprouvent et les cachent, quitte à mentir ou édulcorer.
Relativiser. Comme le dit Rosa Jové, il y a une forte tendance à transformer en problème des situations normales, poussant les parents à s’alarmer. Parfois relâcher la pression, et laisser son enfant « veiller », partager un moment familial en soirée avant de se coucher aux signes de fatigue, plutôt que de vouloir le coucher à tout prix à 20h alors qu’il ne semble pas fatigué reposera tout le monde. L’enfant dont les besoins seront plus écoutés, les parents qui passeront un moment convivial en famille, plutôt que stressant (stress qui souvent se communique à l’enfant et empire la situation).
Lire sur le sujet des sources fiables aide également pas mal. Quelques pistes en dessous.

De lectures bienveillantes :

– Cet article de Maman Lune : Les nuits d’un bébé, et plus généralement le reste des articles,
– Le livre Serre moi fort, comment élever nos enfants avec amour de Carlos Gonzalès,
« Même les experts partisans de l’enseignement au sommeil des enfants reconnaissent ce fait, l’objectif de leurs méthodes n’est pas d’obtenir que l’enfant ne se réveille plus, c’est impossible. Ce qu’ils veulent, c’est que quand il se réveille, il se taise au lieu d’appeler ses parents et se rendorme sans rien dire. »
Une pépite où l’auteur, pédiatre, ne mâche pas ses mots, et s’appuie sur des études qu’il cite.
Cododo, allaitement, il y aborde pas mal de sujets.
serre moi fort sommeil bébé
– Le livre Dormir sans larmes de Rosa Jove.
 » Pour résumer, les méthodes de dressage au sommeil existent depuis des décennies. Elles consistent à laisser pleurer les enfants tout seuls pour leur apprendre à ne pas se plaindre dans une situation donnée. Chaque auteur propose sa version, modulée par ses soins, et dont il change le nom, mais sur le fond il n’y a pas grande différence : il faut croire que les experts qui inventent des méthodes pour dormir ont le système télépathique le plus sensible du monde… Chaque auteur vante sa méthode, mais elles se valent toutes. Certaines études indiquent qu’il n’y a pas de différence entre le « laisser pleurer » et le « laisser pleurer en suivant un tableau ». Les différences de résultats n’apparaissent qu’en fonction de l’âge : plus les bébés sont jeunes, plus le choc émotionnel est fort et plus les résultats se feront sentir. »
Une pépite également qui détaille longuement ce qu’il y a à savoir sur le sommeil de manière générale, basé sur des études.

dormir sans larmes sommeil bébé

 

Et vous ?
Avez-vous déjà été tenté.e par des méthodes de ce type ?
Qu’est-ce qui en a découlé ?
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