Grossesse et ramadan, allaitement et ramadan

Allaitement et ramadan, un sujet récurrent sur les groupes d’allaitement.
Le radaman devrait cette année débuter d’ici quelques jours, c’est l’occasion d’aborder le sujet, ainsi que la grossesse au passage.

Que dit le coran ?

Pour commencer, s’il existe une divergence entre les différentes écoles religieuses sur le fait de nourrir un pauvre en plus de rattraper les jours ou non, toutes s’accordent à dire qu’une femme enceinte ou qui allaite et craint pour sa santé ou celle de son enfant peut ne pas jeûner.

En effet on peut retrouver dans la sourate 2 : « Al-baqarah (La vache) » deux versets qui vont dans ce sens :

– 185 : « (Ces jours sont) le mois de Ramadan au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction ou du discernement. Donc, quiconque d’entre vous est présent en ce mois, qu’il jeûne ! Et quiconque est malade ou en voyage, alors qu’il jeûne un nombre égal d’autres jour. – Allah veut pour vous la facilite, Il ne veut pas la difficulté pour vous, afin que vous complétiez le nombre et que vous proclamiez la grandeur d’Allah pour vous avoir guidé, et afin que vous soyez reconnaissants ! »,
– 184 : « pendant un nombre déterminé de jours. Quiconque d’entre vous est malade ou en voyage, devra jeûner un nombre égal d’autres jours. Mais pour ceux qui ne pourraient le supporter qu'(avec grande difficulté), il y a une compensation* : nourrir un pauvre. Et si quelqu’un fait plus de son propre gré c’est pour lui; mais il est mieux pour vous de jeûner; si vous saviez ! ».

Ces deux traductions sont issues de la version traduite de la maison d’édition Albouraq.
Dans celle-ci il y a une note pour le terme de compensation dans le verset 184 que je vous partage également : « Le paiement de la compensation s’applique exclusivement à ceux qui, à cause d’une maladie chronique ou de vieillesse, ne pourraient jamais remplacer les jours de jeûne manqués. ».

Si la future mère ou la mère allaitante craint pour elle ou pour son enfant donc :
– certains disent qu’il lui suffira de rattraper les jours plus tard,
– d’autres qu’il lui faudra rattraper les jours plus tard et payer la compensation, ou fidya. D’après Al Kanz, celle-ci s’élèverait à un montant de 5 euros par jour. Vous pouvez pour ce faire fournir de quoi se sustanter à quelqu’un de manière directe, ou donner à une association dans ce but.

Qu’en est-il des risques ?

On l’a dit plus haut, la future mère ou la mère allaitante peut ne pas jeûner s’il y a un risque pour elle et/ou son bébé.
J’en parle ici mais les bienfaits de l’allaitement maternel pour la mère comme pour son enfant ne sont plus à prouver.
Le non allaitement peut également avoir des conséquences, listés dans le panneau suivant par Julie Le Floch, consultante IBCLC (que vous pouvez retrouver sur Instagram) :

conséquences du non allaitement julie ibclc

De plus pendant le ramadan, peuvent se manifester :
– de la fatigue,
– une faiblesse due au manque de nourriture, d’eau ou encore de sommeil,
– des carences si l’alimentation est déséquilibrée ou insuffisante.

Ce de manière générale, sachant que les premiers mois de vie d’un bébé peuvent être particulièrement éprouvants pour une jeune maman, et ce avec les suites de l’accouchement ou juste le rythme de vie.
C’est un élément à prendre en compte.
Jeûner avec un bébé de deux semaines, ou un bambin de deux ans, n’aura pas le même impact.
D’autant que jeûner peut entrainer une perte de concentration, et un une augmentation de l’irritabilité.
Cela peut avoir un impact sur la façon dont la mère s’occupera de son (voire ses) enfant(s).
En effet, moins la mère a de patience plus l’enfant peut être demandeur. Si la mère est isolée (par exemple en congé parental), ou n’a pas de soutien, cela peut mener à des situations de violences verbales voire physiques.

D’autres éléments peuvent également être pris en compte. Par exemple la période de l’année.
Le jeûne ne sera pas vécu de la même manière en décembre qu’en juin, si la journée de jeûne s’étale environ de 8 à 17h ou de 5 à 22h.

Des études ont par ailleurs été menées sur le sujet. Vous pouvez les retrouver sur un article de la Leche League mais je vous en met deux extraits :
« Parmi les 129 mères dont l’enfant était âgé de moins de 6 mois, 22 % ont constaté une baisse de leur sécrétion lactée, et 23 % ont rapporté une augmentation de la quantité des autres aliments consommés par leur enfant.,
et
« 21 mères allaitantes âgées de 17 à 38 ans, qui ont suivi le jeûne du Ramadan, ont donné des échantillons de lait. Leurs enfants étaient âgés de 2 à 5 mois. Les mères ont été suivies pendant le Ramadan et les 2 semaines qui ont suivi sa fin.
Pendant le Ramadan, on a constaté une baisse significative du taux lacté de zinc, de magnésium et de potassium. Le poids des mères a augmenté d’en moyenne 1 kg après le Ramadan, mais aucune modification significative de l’index de masse corporelle n’a été constatée. Pendant le Ramadan, les apports énergétiques et les apports pour la plupart des nutriments étaient inférieurs aux apports recommandés pour les mères allaitantes, excepté en ce qui concernait les apports protéiques et ceux en vitamine A et C.
Le jeûne du Ramadan n’avait pas d’impact significatif sur le taux des macronutriments du lait maternel. Il avait un impact sur le taux de certains micronutriments, et sur le statut nutritionnel des mères. ».

Si vous décidez d’essayer

Si malgré tout vous décidez d’essayer, gardez en tête que vous pouvez arrêter à tout moment comme expliqué plus haut, il n’est pas obligatoire de jeûner en étant enceinte ou en allaitant. Des savants avancent même qu’il est obligatoire de ne pas le faire lorsque le risque pour vous et/ou votre enfant existe.
La pression de l’entourage, familial notamment peut parfois être forte. Ne culpabilisez pas de vous écouter, et faites au mieux pour vous et votre bébé.
Si des femmes dans votre entourage l’ont fait, n’ont pas rencontré de difficultés, et vous le font savoir,  ce ne sera pas nécessairement votre cas, et vous n’avez pas à vous comparer et vous culpabiliser.

En tous les cas restez attentive à certaines choses concernant bébé :
– s’il mouille moins de couches qu’à son habitude ( il doit en mouiller au moins 6 lourdes par 24h),
– si ses selles changent d’aspect ou de couleur,
– si sa prise de poids ralentit,
– s’il semble irrité, grognon, moins tonique,
– tète beaucoup plus fréquemment à longueur de journée et/ou nuit.

Mais aussi vous :
– que vous ne soyez pas déshydratée. Les signes sont : une soif intense, des mictions plus sombres et odorantes, des vertiges, des coups de barre ou encore des maux de tête,
– particulièrement fatiguée ou somnolente (cela peut également entraîner un danger au niveau du cododo).

Fractionnez les repas sur la soirée et nuit.
Par exemple un repas léger à la rupture, un plus consistant plus tard, et un avant l’aube, tous équilibrés, en buvant à volonté.
N’hésitez pas également à vous reposer en journée, en faisant la sieste par exemple.

Et si vous envisagiez de donner le biberon pour jeûner, rappelez vous qu’il entraine un sevrage induit même si c’est votre lait tiré que vous donnez (plus de détails ici).
Il est préférable de protéger l’allaitement sur le long terme.

 

 

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