Les nourrices, d’hier et d’aujourd’hui

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Louis XIV et l’une de ses nourrices Marie de Longuet de la Giraudière

J’abordais ici le don de lait formel et Maman Lune  le don informel.
Aujourd’hui je vais aborder le sujet des nourrices.

Les nourrices d’hier

La mise en nourrice d’un bébé, c’est-à-dire, son placement chez une femme qui le nourrit en l’allaitant, existe depuis l’Antiquité. Apollon lui-même a été allaité par une nourrice, nommée Thémis.
Louis
En France la pratique s’est surtout développée aux 17 et 18ème siècles.

Plusieurs raisons pouvaient justifier un placement chez une nourrice.
Notamment la mort de la mère lors de l’accouchement ou des suites de couches, ce qui était fréquent.
Dans les familles bourgeoises les raisons pouvaient être toutes autres : les mères, prises par les mondanités et les réceptions, et soucieuses de l’apparence de leur poitrine ne souhaitaient pas forcément allaiter.
Dans des villes rongées par les maladies, elles pouvaient également penser judicieux pour leur enfant de l’envoyer au bon air de la campagne.
Quand elles voulaient allaiter, il était d’usage de ne pas allaiter les premiers jours, avant la montée de lait, car le colostrum était considéré comme impur.
Le bébé était alors souvent allaité par une nourrice, et la mère reprenait peu souvent l’allaitement ensuite.
Si les plus aisées payaient une nourrice sur Paris même (à leur domicile ou non ) ou en proche banlieue, la majorité des bébés étaient envoyés à la campagne , où le placement coûtait alors deux à trois fois moins cher.
En 1780 à Paris, seuls 1000 nouveaux-nés sur 21 000 étaient allaités par leur mère.

Mais les placements avaient souvent de lourdes conséquences.
Les bébés envoyés en nourrice connaissaient des taux de mortalité beaucoup plus importants que les autres : 25% à 40% des enfants placés mourraient, contre 18 à 20% allaités par leur mère.
Ces taux de mortalité s’expliquaient à cause de la fatigue du voyage (parfois plusieurs jours en carriole avec des bébés tout juste nés pas encore nourris), le solide précocement donnés, l’utilisation de biberons, l’absence de surveillance, la négligence, la maltraitance…

A partir de 1740, les enfants n’étaient plus nécessairement envoyées chez la nourrice.
La nourrice venait à eux.
En effet, une surpopulation des campagnes et les difficultés de survie de bon nombre de couples a entrainé des jeunes mères à migrer en ville pour offrir leur service de nounou et leur lait.
Elles laissaient alors leur propre bébé, privé du lait de sa mère, au père ou à la grand-mère. Celui-ci était alors souvent nourri au lait de vache.

En 1769, nait le Bureau général à Paris.
Ce bureau a pour but de contrôler l’activité des nourrices, et limiter les abus autour de ce métier.
Les nourrices doivent alors posséder un certificat de bonnes vies et moeurs rédigé par leur curé pour exercer.
Pas mal de règles sont légiférées pour encadrer le transport des bébés, mais aussi les conditions de garde, les règles concernant le lait etc.

Les nourrices migrantes allaient s’inscrire au bureau de placement à leur arrivée.
Une fois inscrites elles attendaient d’être louées par un bourgeois avant de passer une visite médicale où le médecin goûtait leur lait ni plus ni moins pour s’assurer de sa qualité et fournissait un certificat avec la mention « goûté et approuvé ».
Il était conseillé par les traités de puériculture de l’époque de prendre une nourrice :
de 20 à 35 ans, de corpulence moyenne, douce et honnête, et aimant la vertu parce que d’après eux il arrivait souvent que les enfants tiennent autant de leur nourrice que de leur propre mère.

Il arrivait souvent que les nourrices une fois retournées chez elles, tombent enceinte à nouveau et reviennent travailler à Paris en laissant à nouveau ses enfants.
Le goût de la vie urbaine, l’affection pour les enfants gardés, vus plus souvent que leur(s) propre(s) enfant(s) l’expliquaient notamment.

A partir des années 1900, bon nombre de nourrices n’allaitent plus les enfants gardés mais leur donne des biberons.
Cela ne fait pas baisser le nombre d’enfants gardés.
En 1907 ils étaient près de 80 000 enfants, alors que 90% d’entre elles donnaient le biberon.

Pourtant les biberons entrainaient beaucoup de morts. Par la manière trop rapide de boire du bébé, le lait inadapté (souvent vache et ânesse mais aussi parfois chèvre, brebis, chienne voire truie), le manque d’hygiène…

Les nourrices d’aujourd’hui

A la fin de la seconde guerre mondiale naissent les PMI (Protection Maternelle Infantile).
J’en parle plus en détail ici, mais dans la thématique qui nous intéresse aujourd’hui, la PMI a pour fonction entre autres d’organiser la surveillance et les placements nourriciers.

Il faudra cependant attendre 1977 pour qu’une première loi définisse un statut professionnel pour les nourrices.
Le nom changera d’ailleurs et deviendra le terme qu’on connait actuellement : assistante maternelle.
Cette loi apportera avantages et inconvénients aux assistantes maternelles ainsi qu’aux parents employeurs.
Entre autres d’être déclarées obligatoirement par les parents et ainsi toucher un salaire minimum,  bénéficier de congés payés et de la sécurité sociale, la possibilité de passer une formation… Mais aussi d’être soumise aux impôts, répondre à certains critères…

Ensuite, il y aura une deuxième loi en 1992.
Celle-ci rendra notamment la formation obligatoire, revalorisera le salaire, donnera aux parents la possibilité d’obtenir une réduction fiscale…

En 2000 un effort est fait par le gouvernement pour rendre plus accessible ce mode de garde aux familles les plus modestes, puis en 2004 la PAJE que l’on connait encore est créée.
La profession continue de se développer.

Pour finir la convention collective de 2005 donne le droit à une mensualisation du salaire, des indemnités journalières pour les frais de garde…

Mais qu’en est-il de l’allaitement ? Qui plus est avec la masculinisation du métier que l’on nomme d’ailleurs maintenant assistant.e maternel.le, car de plus en plus d’hommes l’exercent.

Et bien j’aborde brièvement le sujet ici, mais bien peu d’enfants gardés sont encore allaités par leur mère.
Quand ils ne sont pas sevrés avant le début de la garde, un sevrage induit se produit souvent pendant.
Par volonté de la mère, pression de l’assistant.e maternel.le ou encore l’introduction de biberons… les raisons peuvent être multiples.

Quand ils sont sevrés du lait de leur mère ils sont passés au PCN (Préparation Commerciales pour Nourrissons) qu’on appelle communément lait artificiel.

Pourtant il existe encore des femmes en France et à travers le monde qui allaitent l’enfant d’une autre.
Cela peut être une membre de la famille mais aussi parfois une amie ou une nourrice.
Si la loi interdit la vente de lait, et déconseille le don de lait informel en raison des risques sanitaires encourus, rien n’interdit le don informel.
Et ce que ce soit en fournissant du lait tiré, ou en le donnant à la source.

En France il existe le groupe Facebook Nourrice-calins (pour le bien-être de nos bébés), qui propose une mise en relation.

Rappelons la hiérarchie nutritionnelle du sociologue James Akré avec un panneau de Maman Lune :

pourquoi allaiter Maman Lune nourrices d'hier et d'aujourd'hui lesptitesmainsdabord

Sources
Le livre Bébés d’hier
Le site Assmat.com
Wikipédia

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