Qu’est-ce que le tire-allaitement ?

Quand on parle allaitement, il y a un sujet dont on parle souvent peu, et qui pourtant est pratiquée par de nombreuses mamans : « Le tire-allaitement ».

Qu’est-ce que c’est ?

On en parle souvent dans le cadre de la poursuite de l’allaitement de la mère malgré la reprise du travail, cas où il est le plus pratiqué, mais il existe aussi ce qu’on appelle TAE : tire-allaitement exclusif.
Autrement dit, la mère nourrit son bébé exclusivement de son lait qu’elle tire, au biberon.

Ca peut arriver que ce soit un choix de la mère, mais on ne va pas se mentir, c’est le plus souvent une solution de dernier recours.
Les causes peuvent être multiples : bébé né prématurément, difficultés lors de la mise au sein, manque d’accompagnement et de soutien…

Mais alors comment ça se passe ?

En pratique, la mère dès la naissance, tire son lait pour le donner à son bébé.
Certain.e.s s’imaginent que c’est facile, et pourtant ça demande beaucoup de rigueur et d’investissement.
Pour stimuler la lactation, fournir suffisamment et par la suite pouvoir constituer un petit stock d’avance, la mère doit se munir d’un bon tire-lait (par exemple le Symphony de Medela, ou encore Mamivac sensitive C), et tirer régulièrement. Très régulièrement. Au moins toutes les deux/trois heures en journée, et au moins une fois la nuit, en double pompage, au moins quinze/vingt minutes. (Plus d’infos sur la location de tire-lait ici).

Pour gagner du temps pendant les tirages se munir d’un soutien-gorge dédié au tirage comme Medela en vend par exemple aide pas mal. Il est aussi facile d’en fabriquer en sacrifiant une ou deux brassières.
Après, le soutien, de la même manière que pour l’allaitement au sein aide beaucoup.
Je recommande notamment le groupe Facebook Les tire-allaitantes bienveillantes, où règnent entraide et soutien.

Franchement quand on y pense, ça combine les inconvénients du biberon et de l’allaitement. Lait à la demande, tirages réguliers plus nettoyage des biberons… Quand je pense à la joie et la légèreté que j’ai ressentie quand j’ai rendu mon tire-lait, moi qui ai tire-allaité partiellement à la reprise du travail…
Gros respect à toutes les mamans qui sont passées ou passent par là.

Quelques témoignages d’anciennes ou actuelles tire-allaitantes :

Le but de cet article étant de donner un peu de visibilité au tire-allaitement, et d’expliquer ce que c’est, que c’est une alternative… les témoignages sont sans filtre.
Les mamans ayant accepté de témoigner n’ont pas reçu de directive de ma part, et ont écrit ce qu’elles souhaitaient pour témoigner de leur tire-allaitement, qui relève de leur expérience, et de leurs ressentis.
Le but n’est pas de noircir le tableau mais de le montrer tel qu’il est.

 

Claude S. : 10 mois de TAE

« Bonjour, je m’appelle Claude et voici mon témoignage. Cet allaitement, je l’avais rêvé si je puis dire. Pour moi, c’était tellement logique et normal que je donne le sein à mon enfant. Mais voilà, cela ne s’est pas déroulé du tout comme je l’avais espéré.
Je suis maman d’une pitchounette de deux ans trois quart. La grossesse s’est bien déroulée malgré un diabète gestationnel. Cela m’a valu un accouchement programmé par des médecins frileux alors que bébé n’était pas en souffrance et que le diabète était très bien contrôlé. Après trois déclenchements sur trois jours ma Pitchounette a dû arriver par césarienne. Tellement angoissée à cause du diabète gestationnel et par l’entourage (personnel absent, patientes qui se réveillaient avec des soucis pour leurs bébés) que je n’ai pas su la mettre au sein.
Vous rendez-vous compte que lorsque je suis montée dans ma chambre, le personnel m’a dit : « votre montée de lait ne se fera pas de suite vu que vous avez eu une césarienne » (Hors j’ai su plus tard que cela pouvait être faux). Ce discours, je l’ai eu pendant mes cinq jours d’hospitalisation. Aucune aide pour la mettre au sein, on m’a juste conseillé des bouts de seins mais vu que le mamelon n’était pas encore fait, cela ne servait à rien. Le personnel n’est pas resté plus de dix minutes dans ma chambre et malgré cette envie obsessionnelle et viscérale de la mettre au sein. Dix minutes sans me guider, me rassurer non ce qu’ils ont fait le jour de mon accouchement c’est me tendre une feuille sur laquelle était noté les loueurs de tire-lait en me disant qu’il faudra que je les contacte pour essayer de stimuler. Sans d’autres informations là-dessus. Le comble ? C’est que dans cet hôpital, il y a un grand lactarium. Cherchez l’erreur.
Ma montée de lait s’est faite à la maison mais rien n’a été fait pour m’aider à la mettre au sein malgré les conseillères, la sage-femme, etc… Peut-être que j’ai montré que cela me convenait du moment que bébé prenait MON LAIT. Sauf que quelle galère ce tire-allaitement : la sensation d’avoir une chaine et ne pouvoir sortir pendant les premiers mois. Oui, je ne savais pas comment gérer de trimballer bébé, son sac à langer et l’attirail pour tirer. Mais n’oublions pas les galères de tailles de téterelles, de tire-lait pas adéquat au tire allaitement exclusif, etc… Aux quatre mois de bébé, j’ai trouvé un groupe qui m’a aidée. Je n’étais plus seule, nous étions nombreuses dans ce cas-là. Je pouvais enfin parler de tire-allaitement sans passer pour une extraterrestre et partager mon expérience sur tous les tire-lait que j’ai testé (7). D’ailleurs je suis devenue admin sur le groupe des tire-allaitantes et suite à un conflit avec la créatrice, les anciennes admins de ce groupe, nous avons créé les tire allaitantes bienveillantes. C’est aussi pour le fait de parler de mon expérience que j’ai voulu faire mon blog qui ne parle pas de tire-allaitement mais de mes choix sur tout ou presque. Ma fille a eu pendant sa première année de vie : du complément (merci le personnel qui en avait donné en douce alors que je voulais allaiter), du lait maternel, du mixte suite à une énorme baisse de lait à cause d’un tire lait défectueux, etc.. J’ai même pu donner un peu de mon lait au lactarium de Montpellier. Le même qui est au sein de l’hôpital dans lequel j’ai accouché qui ne m’a pas aidée pour la mise au sein.
Il faut savoir que malgré ma fierté d’avoir tenu dix mois en tirant mon lait, j’ai toujours cette boule d’un allaitement loupé, d’un manque de ne pas avoir eu Pitchounette au sein. »
Vou pouvez retrouver sur son blog trois articles reprenant plus en détails son parcours, dont celui-ci sur le tire-allaitement.

Dionne D. : 8 mois de TAE

« Et bien j’avais eu une fin de grossesse que j’ai super mal vécue, hospitalisée a 35sa pour pré eclampsie, j’avais plusieurs fois par jour un discours différent : «on va vous laisser sortir», une heure après «on va vous déclencher». Premier déclenchement échec, 3 jours après (10eme jour hospitalisée) idem, aucun résultat. Là mon état s’est vraiment dégradé, mes reins ne filtraient plus, je gonflais, gonflais… maux de tête, nausées. Horrible. On m’a laissé deux jours comme ça puis on m’a emmenée dans une salle de pré travail pour un 3eme déclenchement, qui n’a pas marché non plus. J’ai eu la fameuse barre en haut du ventre, typique de la pré eclampsie, j’arrivais plus à respirer. Ils m’ont laissé suffoquer encore 24h comme ça au point que je leur ai dit «dégagez moi ce bébé du ventre je vais mourir» (bébé très attendu après 3 ans de pma) et effectivement ils ont réussi à trouver un créneau pour m’emmener en césarienne. Donc ma fille est née à 37sa j’étais vidée émotionnellement après ces deux semaines atroces. Alors que j’étais tellement motivée avant ça pour allaiter, là j’avais juste envie de pleurer et fuir cet hôpital. Les deux premiers jours elle n’avait aucun réflexe de succion (2,3 kilos à la naissance) donc ils ont commencé à me mettre la pression et à la compléter à la seringue car même le bib elle tetait pas. A j3 une super puéricultrice me dit que si je tire mon lait on va essayer au DAL! Bon ben même au dal elle tetait pas. Donc j’ai donné mon lait à la seringue. Puis le 4eme jour une sage femme vient la peser et me balance «bon, vous sortez demain mais votre fille reste ici» Autant dire, je ne faisais que pleurer, pour moi c’était des monstres et je devais partir sans mon bébé ?? Donc j’ai mis mon lait dans des biberons et elle s’est mise à les prendre (je précise aussi que j’ai les tétons qui ressortent pas donc elle n’arrivait pas à les prendre en bouche, ça lui demandait trop de force je suppose) donc je l’ai gavée avec des biberons de mon lait et le lendemain elle avait pris 50gr donc on a pu sortir. Mais moi avec un énorme baby blues, une immense fatigue. J’ai essayé de la remettre au sein pendant 3 semaines, parfois elle tétait, difficilement, elle lachait mon teton et n’arrivait pas à le reprendre, elle s’énervait… je ne connaissais pas non plus la confusion sein/biberon. D’ailleurs même au bib elle avait du mal, ça lui demandait beaucoup d’efforts… Donc j’ai laissé tomber toute mise au sein à ses 3 semaines en me disant «le principal c’est qu elle boive mon lait».
Autant dire (que pour) mon fils je partais à reculons pour l’allaitement, pas envie de tirer vu la contrainte, mais pas envie de donner du LA. Donc j’étais prête à tirer de nouveau mais à contre coeur.
Finalement lui est né aussi par césarienne en «urgences» au même terme que sa soeur donc 1 mois avant. On s’est rendu aux urgences car je pensais refaire une pre eclampsie et effectivement c’était le cas, mais cette fois ci césarienne 2h après notre arrivée. Un garçon de 2,5 kilos qui lui a tété comme un chef! Aucun souci. Premier jour 30gr de perdus, second jour rien perdu rien repris, 3eme jour ça remontait. À j5 on a pu sortir, il pesait déjà 120gr de + que son poids de naissance. Autant dire lui avec un début réussi j’ai tout fait pour que ça continue. Je rattrape ce que je n’ai pas vécu avec ma fille. »

Cristina Carvalho M. : 25 mois passés, et 11 mois en cours en TA partiel

« Bonsoir,
J’ai 3 enfants :
13 ans, que je n’ai allaité qu’environ 5 semaines ( tire-allaitant car prématuré)
4 ans que j’ai allaité 25 mois ( en tire-allaitant)
11 mois, toujours allaité ( en tire-allaitant) avec 2 à 3 tétées par jour.
Pour celle qui a 4 ans j’ai écouté ma pédiatre. « Votre bebe a un RGO, il faut tirer votre lait et l’épaissir… » c’était à la visite du 8e jour…. donc mon bébé n’a connu que le biberon. J’étais en congé parental donc j’arrivais à m’organiser pour les tirages…
J’ai décidé d’arrêter le tire-allaitement lorsque j’ai repris le boulot, je ne pouvais pas ou peu tirer (je suis aide-soignante à l’hôpital) mais j’estime que c’est un beau parcours.
Pour ma dernière, c’est à la maternité qu’on m’a dit que Bébé avait un RGO… À la 1ère visite, la pédiatre m’a dit la même chose que pour ma grande, et j’ai bêtement refait la même erreur….
C’est mon mari qui m’a dit un jour (Bébé avait 4 mois) d’essayer sans épaississant, car elle ne régurgitait plus. Et voilà, plus de régurgitation donc plus d’epaississant. Après avoir demandé conseil sur le groupe sur une possible remise au sein, je me suis tournée vers une consultante en lactation.
Je tire-allaite toujours mais j’ai la chance de partager des moments câlins avec Bébé. »

Johanna A. : 

Bonjour, cela ne me dérange pas de partager mon expérience, mais il faut savoir a la base que le tire-allaitement est rarement un choix de première intention. Le plus souvent c’est une solution de repli, soit que l’allaitement est devenu compliqué, dans un laps de temps plus ou moins court selon les cas, soit que l’allaitement au sein n’a jamais été possible, ce qui est mon cas, et là encore les raisons sont multiples.
Pour ma part, mon fils Trystan est né avec un syndrôme de Pierre Robin. Il a donc une fente vélo palatine ( fente au niveau du palais mou et absence de luette), un retrognatisme (machoire inferieure en arrière) et une glossoptose (langue qui part en arrière a cause de la fente). Il n’a donc jamais réussi a prendre le sein. Ou plutôt si, il prends bien le sein mais n’a pas de force de succion, étant donné que le vide ne se fait pas dans sa bouche. Cette malformation a été découverte le jour de sa naissance, dès la première mise au sein.
Heureusement pour moi, j’ai accouché à l’hopital de Saint dié des vosges, dans une maternité ayant reçu le label « ami des bébés » et donc j’ai reçu un soutien et un accompagnement au top du top, que ce soit dans sa prise en charge globale ou dans l’accompagnement à l’allaitement. L’équipe médicale a été merveilleuse. Là ou d’autres n’auraient pas cherché et auraient donné un bib de LA directement, elles ont tenté toutes les solutions possibles et imaginables pour tenter de faire prendre le sein à Trystan !
Après cela, on s’est donc rabattues sur le biberon, mais jamais une goutte de LA n’est entrée dans sa bouche, et ce, malgré la difficulté. elles venaient m’aider à lui donner mon lait, pendant que je tirais, m’ont conseillée, sur les modèles, les tailles pour le retour à la maison, elles ont congelé dans les meilleures conditions mon colostrum, que j’ai eu la chance d’avoir en grande quantité, pour que je puisse lui donner quand il sera opéré, le 4 juin prochain. Tout cela m’a bien aidé à surmonter un peu ce sentiment de culpabilité qui me ronge.
Le tire-allaitement, pour moi, c’est un peu comme si j’essayais de me racheter du fait qu’il ait cette malformation, que je n’ai pas su le proteger dans mon ventre. Alors oui, c’est contraignant, oui c’est douloureux, oui, quand on est tire-allaitante, on ne fait pas grand chose d’autre de ses journées, mais quelle maman je serais si en plus de ce qui lui arrive, je ne faisait pas tous ces efforts pour qu’il ait le meilleur? Loin de moi l’idée de juger ou critiquer celles qui ne le font pas, je ne suis pas une extrêmiste de l’allaitement maternel, je me dis que chacun voit midi a sa porte.
Mais pour ma part, c’est la culpabilité qui me tient, pas le bonheur d’allaiter, ou la volonté de ne pas lui donner de LA, ou je ne sais quel sentiment de bonheur absolu de voir son enfant prendre le bon lait de maman… c’est juste ce sentiment de devoir, devoir faire ce qu’il y a de mieux, essayer d’atténuer son épreuve pour que lui sache que je suis désolée de ce qui lui arrive, mais que je serai forte pour nous deux malgré ce qui nous attends encore. Ce tire-allaitement, c’est un peu ma pénitence. Alors je ne sait vraiment pas si ce témoignage sera bien utile sur votre blog, mais en tout cas, s’il peut aider ne serait-ce qu’une maman à surmonter une épreuve, à montrer que ce n’est pas parce qu’on ne peut pas donner le sein que l’allaitement est impossible sur du long terme, et bien j’en serais ravie. Ça fait bientôt trois mois que je tire-allaite maintenant, et on a trouvé notre rythme, entre bib et tirages, au final, on y trouve tous les deux notre bonheur et quand je vois ses petits yeux me fixer quand il boit, ça efface toutes les peines du monde. Mon bébé va bien, c’estt le principal. Et en plus, papa peut participer a ces moments de complicité, et me permettre de souffler un peu, de faire un jeu avec les 2 grands frères, ou même de prendre un peu de temps pour moi.
Tout ça pour dire que le tire-allaitement, oui c’est top quand on peux / veux pas faire autrement, mais c’est un mode de fonctionnement qui doit être préparé, accompagné de façon éclairée par des personnes qui savent de quoi elles parlent, et le plus important, être soutenue dans sa démarche, être épaulée, tant par le papa que par l’entourage et les professionnels. »

 

Et vous ? Vous connaissiez ?
Vous connaissez des mamans passées par là ?
Ou vous êtes vous même passée par là ? (Si oui, et que vous souhaitez témoigner aussi n’hésitez pas à me contacter, en commentaire ou par mail à lesptitesmainsdabord@gmail.com).

 

*L’image à la une vient du site Philips Avent.

10 Replies to “Qu’est-ce que le tire-allaitement ?

  1. Merci pour avoir accepté mon témoignage. C’était important pour moi d’y participer, de parler de ce monde que l’on connait peu et pourtant beaucoup de mamans le font sans savoir qu’elles ne sont pas seules. Merci pour les tire allaitantes bienveillantes car nous essayons d’aider au mieux et surtout pour ma part, essayer d’avoir le soutien que je n’ai pas eu.

  2. Bonjour . J’espère que des mamans ayant pratiquer le tire allaitement pourrons m’aider.
    Ma fille a une presque 1 mois et je tire allaite pas par choix mais cela me convient tant qu’elle a mon lait. J’ai tjr du stock pour le moment mais je remarque qd mm une petite baisse et j’appréhende le moment ou elle consommera + j’aimerai tant qu’elle ai mon lait le plus lgtps possible donc ma question est pour celles qui on tire allaiter plusieur mois comment avez vous fait pour avoir tjr du suffisamment de lait comment faire pr stimuler la lactation qd bb ne veux plus du tt prendre le sein ???
    Merci d’avance à celles qui pourront m’aider.

    1. Bonjour le mieux serait de rejoindre des groupes d’allaitement. je suis sur @allaiter en maternant si jamais vous envisagez une remise au sein, sinon pour le TAE exclusif il y a le groupe les tire allaitantes bienveillantes

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