A partir de quel âge donner du lait de vache ou du jus végétal ?

L’alimentation d’un bébé fait souvent débat.
En effet, il y a souvent un monde entre les recommandations et la pratique des parents.

Je vois souvent sur internet des bébés passés au lait de vache tôt, très tôt.
Par exemple à partir de deux ou trois mois.

Mais alors ? Quelles sont les recommandations ?
Quels sont les risques lorsque l’introduction du lait est précoce ?

Tout d’abord, il est recommandé d’allaiter bébé. Et ce exclusivement jusque 6 mois, puis au moins 2 ans (recommandations OMS).

Cependant, des parents ne peuvent pas, ou ne souhaitent pas allaiter.
Dans ce cas ils ont alors recours aux PCN (préparations commerciales pour nourrissons), communément appelés aussi lait infantile ou lait artificiel.
*L’usage du terme lait maternisé a été interdit dans l’Arrêté du 11 janvier 1994 modifiant l’arrêté du 1er juillet 1976 du code international :
Article 18 : « l’emploi des termes « humanisé », « maternisé » ou de termes similaires est interdit »
« l’étiquetage des préparations pour nourrissons ne peut comporter aucune représentation de nourrisson ni d’autres représentations ou textes de nature à idéaliser l’utilisation du produit »
« une mention relative à la supériorité de l’allaitement au sein » doit figurer sur l’étiquette, « précédée des termes « Avis important » ».

Un petit tableau reprenant les différences entre lait maternel et PCN :

donner du lait de vache
Les préparations sont catégorisées par âge :
De 0 à 6 mois : le lait 1er âge,
De 6 à 12 mois : le lait 2ème âge,
De 1 à 3 ans : le lait de croissance.

Pourtant, une enquête du SFAE (Syndicat Français des Aliments de l’Enfance) datant de 2005 montrait :
– que la diversification des bébés se faisait en moyenne autour de 5 mois,
– et que 23% des enfants de 10 mois étaient déjà passés au lait de vache.

Je vous parle déjà ici des recommandations pour la diversification alimentaire et des risques d’une diversification précoce, ici nous allons nous intéresser uniquement à l’apport lacté.

Pourquoi les parents font-ils ce choix ?

Certains le font principalement par méconnaissance et par choix financier (le lait de vache classique ne coûtant rien en comparaison).
Une méconnaissance des recommandations, mais surtout de la composition des laits et la justification de ces recommandations.

En effet, les compositions du lait maternel, des préparations et des laits d’autres mammifères ont de sacrées différences, notamment entre les taux de protéines, les taux de lipides ainsi que les taux de glucides.

Même si elles ne sont pas équivalentes au lait maternel, à défaut, les préparations commerciales restent ce qu’il y a de plus rapprochant des besoins d’un bébé.
Et c’est d’autant plus vrai pour les jus végétaux que certains appellent à tort lait végétal (A ne pas confondre avec les préparations infantiles à base de végétaux, qui elles sont égales aux PCN à base de lait de vache, et sont une bonne alternative en cas de bébé non allaité allergique aux protéines de lait de vache, mais aussi lorsque le parent par conviction ne souhaite pas donner de lait issu d’une exploitation animale).

Les jus végétaux, que l’on trouve maintenant dans tout commerce alimentaire (généralement dans le rayon bio, ou à côté du lait de vache) :
donner du lait de vacheUn exemple de PCN à base de végétaux, qu’on trouve généralement en pharmacie ou dans certains magasins dans le rayon bébé :

donner du lait de vache

Faisons un petit focus sur les compositions, avec des marques choisies au pif pour toutes les catégories de produits.

Quelques exemples de composition de jus végétaux : amande non sucré, avoine et riz de la marque Alpro :

donner du lait de vache

donner du lait de vache

donner du lait de vache

 

 

 

 

 

 

 

 

En comparaison, les informations nutritionnelles de PCN dites de relais (2ème âge) à base de lait de vache de la marque Hipp biologique, et à base d’amande de la marque Prémiamande :

donner du lait de vachedonner du lait de vache

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et pour finir les compositions de lait de vache avec la composition du lait de vache demi-écrémé Lactel bio, du lait de vache entier Lactel bio, et du lait de chèvre Lactel :

donner du lait de vachedonner du lait de vachedonner du lait de vache

 

 

 

 

 

Voici un petit tableau qui compare les 8 produits et le lait maternel, sur la base de 100ml :

donner du lait de vache

donner du lait de vache

Les chiffres donnent une idée, mais les différents composants cités, en plus de ne pas être contenus en même quantité, varient en qualité selon leur provenance.
Par exemple, les glucides contenus dans le lait maternel sont composés de lactose et d’oligosaccharides, quand les glucides contenus dans le lait demi-écrémé sont des sucres.
Plus d’infos sur la composition du lait maternel et les différences avec les autres laits ici.

Les besoins journaliers d’un enfant varient d’un enfant à l’autre, mais une moyenne est donnée par jour en fonction de l’âge et du poids.

Deux autres petits tableaux pour comparer les besoins d’enfants avec les apports donnés par leur lait ou préparation.

Le premier pour un enfant de deux mois de 5 kilos, sur la base de 750ml par jour :

donner du lait de vache

Le deuxième pour un enfant de 7 mois de 8 kilos, sur la base de 1L par jour :

donner du lait de vache

Sachant que le lait maternel évolue naturellement en fonction des besoins de bébé. Et que je me suis basée sur la règle d’Appert pour calculer combien en moyenne les bébés cités en exemple devraient boire de préparation (le lait maternel ne se quantifiant pas).

Au delà des besoins caloriques journaliers, un enfant a des besoins nutritionnels spécifiques. Notamment en acides gras essentiels, en fer, zinc et certaines vitamines.
Et on ne trouve pas tout cela dans les laits bruts animaliers ni dans les jus végétaux. Et lorsqu’il y en a leur assimilation varie selon la provenance.
Par exemple, le lait maternel contient peu de fer, mais celui-ci a une excellent bio-disponiblité. Il est beaucoup mieux assimilé par le bébé (taux d’absorption de 50% comparé à 5% pour du lait de vache brut).
Et une étude a révélé que trop de fer dans les préparations n’était pas bénéfique (infos ici).
C’est valable pour le reste.

C’est pour cela qu’à travers le monde les recommandations sont de poursuivre l’allaitement au moins jusqu’à deux ans, et ne pas donner de lait de vache avant un an, par exemple :
recommandations INPES : Poursuivre l’allaitement, ou offrir du lait de croissance jusque 3 ans, et pas de lait vache brut avant un an.
– recommandations Santé Canada : Poursuite de l’allaitement maternel, ou offrir 500 ml par jour de lait de vache homogénéisé (3,25 % M.G.).

Pour le lait de croissance les avis sont cependant mitigés. Certains considèrent qu’à partir de 6 mois, les apports lactés d’un enfant non allaité pouvant être constitués de laitages en partie , qu’avec une alimentation équilibrée comprenant des laitages il n’est pas nécessaire passé un an (âge où le lait n’est plus l’aliment principal) de donner du lait de croissance.
C’est l’âge à partir duquel il est possible selon les recommandations de donner du lait de vache en privilégiant le lait UHT entier, plus riche en lipides, et en évitant le lait cru plus sensible en terme sanitaire.
Selon les pays les recommandations peuvent d’ailleurs varier. Si en France il est recommandé de donner du lait de croissance jusque 3 ans, au Luxembourg c’est recommandé jusqu’à 18 mois.
L’EFSA (European Food Safety Authority) elle estime que le lait de croissance n’est pas une nécessité passé un an, et qu’il existe d’autres alternatives listées ici.
Et ce ne sont pas les seuls. Dans son guide des principes directeurs pour l’alimentation des enfants de 6 à 24 mois qui ne sont pas allaités au sein, l’OMS ne mentionne pas les laits de croissance. Ils ont même remis en cause les stratégies marketing des producteurs pour les préparations dites de suite (2ème et 3ème âge).
« Un certain nombre d’études suggèrent fortement une corrélation directe entre les stratégies de marketing pour les préparations de suite et la perception et l’utilisation subséquente de ces produits comme substituts du lait maternel. Dans de nombreux cas, l’emballage, la marque et l’étiquetage des préparations de suite ressemblent beaucoup à ceux des préparations pour nourrissons. Ceci conduit à une confusion quant à l’objectif du produit, c’est-à-dire la perception que la préparation de suite est un substitut du lait maternel. Cela pourrait entraîner son introduction précoce, compromettant ainsi l’allaitement maternel exclusif jusqu’à l’âge de six mois et l’allaitement maternel prolongé jusqu’à deux ans ou plus. » (source ici en anglais).

En conclusion

En conclusion, si l’utilisation du lait de croissance reste sujette à débat, on peut convenir qu’il est déconseillé de donner du lait de vache ou un jus végétal avant un an, et si c’est fait après en s’assurant que l’enfant ait une alimentation équilibrée qui réponde à ses besoins nutritionnels, que ce soit les apports en protéines, glucides et lipides, mais aussi en acides gras oméga-3, en fer et en vitamine D.

Lorsqu’un bébé est allaité aucun intérêt non plus à donner du lait de vache ou du jus végétal ou encore une PCN, et ce durant tout le temps de l’allaitement.
Même après un an, l’allaitement couvre les besoins nécessaires à sa croissance :

donner du lait de vache*Image provenant de Maman Lune.

Pour aller plus loin :
Les besoins énergétiques du bébé (utilisées pour les données du tableau),
Les recommandations de l’OMS concernant l’allaitement.

 

Et vous ? Vous connaissiez les recommandations ? A partir de quel âge avez-vous donné du lait de vache ou un jus végétal ?

19 Replies to “A partir de quel âge donner du lait de vache ou du jus végétal ?

  1. ahh ben voilà un article intéressant et complet et SANSE sur le sujet ! car beaucoup de parents donnent des boissons végétales pour adulte à leur nourrissons qui ne sont plus allaités sans comprendre la différence ! tip top! belle journée ( du coup je me permet de partager ton article ) 😉

  2. Wah ton article est hyper complet et hyper intéressant ! Moi qui me suis toujours posé des tas de questions sur tout ces laits pour bébé. Merci pour ton travail c’est top!

  3. Pétard les recherches que tu as dû faire!!! Quand j’étais bébé je gerbais tous les laits même le lait maternel ! Les parents m’ont raconté qu’ils avaient tout essayé, bon peut-être pas le lait végétal (c’était pas encore à la mode en 1983 mdrrrr).

  4. Merci encore pour ce super article ! J’utilise d’ailleurs souvent tes articles pour étayer des propos car ils sont super bien sourcés 🙂

    ​Le lait de croissance est bien plus contrôlé que le lait de vache de consommation ordinaire (même si les dernières informations me font dire le contraire) et il contient également de nombreux nutriments que le lait de vache UHT ne contient pas (parce que UHT justement…) Si l’enfant a une alimentation équilibrée et variée, c’est super, mais malheureusement, ce n’est pas toujours le cas selon les familles :/

    ​Récemment (je te le met en lien plus bas), le Comité de nutrition de la Société Française de Pédiatrie a fait le point sur l’intérêt de donner du lait de croissance aux enfants de 1 à 3 ans. En se basant sur les résultats d’une enquête nutritionnelle réalisée en 2005 sur un panel d’enfant de moins de 36 mois non allaités, les experts de ce comité soulignent que les enfants de plus de 1 an recevant du lait de vache ou des produits lactés à base de lait de vache ont un apport en protéines important et un déficit d’apport en acides gras essentiels, fer, zinc, vitamines C, D et E par rapport aux ANC. En revanche, chez les enfants consommant au moins 250 ml de lait de croissance par jour, ces inadéquations d’apport ne sont pas observées, à l’exception de la vitamine D (déficit moindre, et compensé par la supplémentation en vitamine D recommandée chez tous les enfants en bas âge sur les mois d’hiver)



    Je te met le lien ici, tu me diras ce que tu en penses ? 🙂 Merci en tout cas pour ton article !

    https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwjTh5-Xk4nWAhXNI1AKHRXfAGgQFggmMAA&url=https%3A%2F%2Fwww.secteurfrancaisdesalimentsdelenfance.com%2Fwp-content%2Fuploads%2F2011%2F11%2Fsfae-juin2011.pdf&usg=AFQjCNFkKRF9zMlKy6eY1PaHym2sEw-reg



    1. Coucou, merci du retour

      j’ai vu passé cette étude, mais je me pose la question de la corrélation avec l’alimentation
      les études de la SFAE sont pas mal à ce sujet, sur la malbouffe notamment
      et du coup je pense que plutôt qu’inciter à donner du lait de croissance, il faut surtout appuyer sur l’équilibre alimentaire global

  5. Je ne suis pas encore maman, mais justement j’en parlais avec mon amoureux l’autre jour à cause des débats actuels sur Lactalis.
    Il me disait qu’il n’avait jamais bu de lait en poudre et on en est arrivé au fait que si on avait des enfants ensemble, on ne lui en donnerait pas et on essayerait ( enfin plutôt moi pour le coup ) d’allaiter le plus longtemps possible !
    Dans ma famille, le lait animal est très mal digéré si bien qu’on est passé au jus végétal, beaucoup plus digeste… Alors que mon copain est lait de vache à fond… Alors lorsque ce moment viendra, on pèsera le pour et le contre pour tous ces différents types de lait…
    En tout cas, je salue toute la recherche que tu as faite à ce sujet, c’est très intéressant 🙂

  6. J’ai allaité mes enfants au maximum puis il on eu un peut de lait en poudre et je suis passée directement au lait de vache. Je n’ai jamais essayé de leur donner du lait végétal, on en boit pas du tout chez nous.

  7. pitchounette a eu du lait végétal à un an et demi car le médecin soupçonnait une intolérance aux produits de laitiers de vache. Il faut dire qu’en un an de vie, elle a eu de tout ou presque (lait maternel, mixte, lait maternel, lait de croissance, lait de vache entier) En tout cas, j’aime toujours autant lire tes articles.

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