Aliments galactogènes quand on allaite ? Fausse bonne idée ?

J’en parle parfois, je donne un peu de mon temps en plus du blog sur Facebook via les groupes d’allaitement.
Notamment sur celui que j’administre avec Maman Lune et d’autres co-administratrices ^^

Une constatation revient souvent, accompagnée généralement de la même question : « J’ai l’impression d’avoir moins de lait, comment en avoir plus ? ».

Et là, souvent la même réponse à la fois variable : « Bois des tisanes d’allaitement », « Fais une cure de fenugrec », « Mange des lentilles » (marche aussi avec les dattes/le fenouil…), ou encore « Bois de la bière ».
En gros, prend des aliments ou boissons dits galactogènes.

Mais pourquoi ? Pourquoi conseille-t-on inlassablement la prise des ces aliments ou boissons ? Et faut-il réellement en prendre ?

Pour commencer, que veux dire « galactogène » ?

Si on s’en tient à la définition du Larousse :
« Qui provoque ou accroît la sécrétion lactée. ».
On parle d’aliments ou boissons galactogènes, ou de galactogogues.

Comment fonctionne la lactation ?

Pour pouvoir comprendre, je vous partage pour ce faire une petite vidéo bien faite, avec des visuels bien plus parlants que de l’écrit :

 

Mais alors, quels effets auraient les aliments galactogènes ?

Et bien en fait, très peu d’études médicales évaluent réellement leur efficacité.

Le fenugrec par exemple est utilisé depuis des millénaires (on retrouve des traces de son utilisation dans l’Egypte ancienne).
C’est une plante herbacée utilisée dans le cadre d’un allaitement car elle augmenterait la sécrétion lactée, bien qu’une seule étude fasse état de son efficacité.
Cette étude, égyptienne, a été effectuée en 1945 et a fait état d’une augmentation de la sécrétion lactée de 900% suite à la prise de fenugrec.
Les scientifiques ne savent pas exactement comment se produit le phénomène.
Certains pensent que les glandes sudoripares modifient les seins en entrainant une stimulation de la production de sueur.
Par contre, il est utilisé dans bien d’autres cas, à travers le monde.
En tant que plante alimentaire, condimentaire, médicinale, de teinture et fourragère.
En prise interne on l’utilise par exemple pour lutter contre la perte de poids, l’anémie, les problèmes de digestion…

Pendant des centaines d’années on a aussi recommandé aux mamans allaitantes de boire de la bière, et on continue encore aujourd’hui, avec ou sans alcool (à savoir que si la quantité d’alcool passant dans le lait reste minime, l’alcool peut bloquer le réflexe d’éjection et entrainer une gêne).
Une petite affiche qui était affichée dans les maternités il y a quelques décennies à peine :
Galactogènes quand on allaite ? Fausse bonne idée ?Elle est traditionnellement reconnue comme possédant un pouvoir lactogène.
Une étude, effectuée par Houdebine, Sawadago et Sepehri en 1988, a permis de constater que ce pouvoir provenait du malt d’orge. Les bêta-glucanes, contenus dans l’orge, la bière et les drêches de brasserie stimulent la sécrétion des hormones lactogènes, notamment la prolactine.
Ils recommandaient, lorsque l’on souhaitait augmenter la sécrétion lactée, de conseiller à la mère d’absorber une à plusieurs fois par jour, plusieurs centaines de ml de bière sans alcool riche en malt (donc en bêta-glucanes).
Sur les groupes on voit beaucoup de mamans se recommander dans le même genre l’Ovomaltine.

En tous les cas, si l’efficacité des galactogènes n’est pas reconnue unanimement par les scientifiques (au vu du peu d’études) il reste reconnu que consommer des aliments ou boissons galactogènes ne présente pas de dangerosité particulière pour la maman ou le bébé consommés avec modération.
Dans certains cas cependant certains sont non recommandés.
Par exemple le fenugrec est déconseillé aux mamans enceintes (il peut déclencher des contractions utérines), ainsi qu’aux diabétiques ou encore en cas d’hypoglycémie. Les personnes allergiques aux arachides sont susceptibles aussi de ne pas en supporter la prise. Et il vaut mieux éviter d’en prendre lorsque l’on suit un traitement médicamenteux (il vaut mieux en parler avec son médecin), notamment en cas d’asthme.
De même, il a un effet reconnu d’hypoglycémiant, il vaut mieux en prendre pendant les repas pour éviter les fringales constantes.

Alors, en prendre ou pas ?

Le problème avec les nombreuses recommandations d’en prendre, notamment sur les réseaux sociaux, est que ça masque souvent la cause; en plus des contre-indications dont je parle plus haut.
Une maman peut avoir une sensation de manque de lait, qu’elle soit avérée ou non pour des tas de raisons (pic de croissance, prise régulière du sein par bébé à cause d’une mauvaise prise, contraception hormonale…), et faire une cure d’aliments galactogènes. En plus de ne pas être systématiquement efficace et avoir un effet placébo, cela peut ne pas inciter la maman à chercher la cause et du coup ne pas la solutionner.
Si la maman a une baisse de lait il faut identifier la cause et la traiter à la source.

Les aliments galactogènes ne sont pas un remède miracle, et ne devraient pas être présentés comme tels.
Ils devraient être limités à des cas précis, associés à d’autres mesures, par exemple, une baisse temporaire identifiée, pas limitée à un ressenti, ou encore une lactation induite.

Il vaudrait donc mieux commencer par évaluer s’il y a réellement une baisse.
Pour ce faire on peut se baser sur les mictions et les selles de bébé :
– A partir de 5 jours de vie, 4 à 6 mictions par 24h, claires et sans odeur,
– A partir de la montée laiteuse, au moins 3 à 4 selles par 24h (à partir de 6 semaines un bébé peut faire moins de selles, sans que ce ne soit inquiétant tant qu’il a le ventre souple, a des gaz et ne semble pas gêné). Elles sont généralement jaunes, liquides (parfois granuleuses).
Mais aussi au poids de bébé :
– Un bébé peut perdre jusqu’à 10% de son poids dans les jours qui suivent la naissance,
– Il devrait avoir repris son poids de naissance dans les deux semaines,
– Il suit sa courbe de manière proportionnelle. Vous pouvez trouver les courbes de l’OMS ici : pour les filles de 0 à 6 mois, de 6 mois à 2 ans; pour les garçons de 0 à 6 mois, de 6 mois à 2 ans.

Si vous constatez à l’aide de ces éléments qu’il y a une baisse vous pouvez miser sur :
– la vérification de la prise du sein de bébé (qu’elle soit efficace). Si elle n’est pas efficace chercher les causes et y remédier.
prise du sein
N’hésitez pas pour ce faire à montrer la prise à un.e professionnel.le formé.e, pour s’assurer que la prise soit efficace et que le transfert de lait se fasse sans encombre.
Vous pouvez aussi varier la position au sein et inciter bébé à bien se positionner, aller voir un chiropracteur pédiatrique, faire vérifier les freins de langue et de lèvre.
– une mise au sein fréquente de bébé, en évitant la tétine, et ne limitant pas la tétée ni en fréquence, ni en durée (au moins dix par jour),
– du peau à peau, cela peut-être en étant assis ou allongée avec bébé mais aussi en le portant en écharpe pour vous permettre d’être mobile,
– une hyper alternance. N’hésitez pas à proposer les deux seins à bébé, même si ce n’était pas le cas avant pour stimuler.

Et surtout n’hésitez pas à vous faire accompagner si c’est le cas.

Avoir des éléments sur les rythmes des bébés peut également aider.

Il y a parfois des périodes où un enfant peut téter plus, par exemple lors de pics de croissance :

pic de croissance

Mais également lors de qu’on appelle communément des « tétées groupées ».
Vous pouvez trouver pas mal d’informations à ce sujet ici.
Les nuits font également l’objet de pas mal de mythes (j’en partage quelques autres ).
Vous pouvez trouver un point sur la normalité des réveils de nuits ET des tétées nocturnes ici.

Dans quels cas ne pas en prendre ?

Si bébé a une tétine.
La tétine en plus de modifier la succion de bébé au sein, pouvant entrainer des douleurs à la maman et une mauvaise stimulation du sein, peut faire sauter des tétées.
Si le bébé n’a pas le sein à la demande, il est inutile de faire une cure de galactogènes.
Il vaut mieux alors supprimer la tétine, et proposer le sein régulièrement.

Ensuite, il est parfois recommandé à des mamans qui ont repris le travail et constatent une baisse, d’en prendre.
Si la maman prend des galactogènes, cela risque d’augmenter sa sécrétion lactée certes, mais si c’est le cas et qu’elle ne tire pas elle risque un engorgement voire une mastite.
Si une maman constate une baisse à la suite de sa reprise du travail alors qu’elle ne tire pas, il vaut mieux lui conseiller de mettre en place quelques tirages en l’absence de son bébé, variables selon l’amplitude sur laquelle ils seront séparés.
Selon l’âge du bébé, cela permettra également d’avoir du lait à fournir à la personne qui le garde pour le lui faire donner.

Pour finir, certain.e.s émettent la théorie (rien n’est prouvé encore une fois), que si la maman consomme des galactogènes et que ça agit sur elles, ça peut exacerber son REF si elle en a un et lui causer de l’inconfort comme à bébé pendant la tétée voire après (avec le débit rapide qui incite souvent l’enfant à avaler de l’air notamment).

En conclusion

Si vraiment une prise doit être envisagée, il vaut mieux partir sur le fenugrec en non médicamenteux, et le Dompéridone en médicamenteux AVEC l’avis d’un.e professionnel.le formé.e encore une fois, par exemple un.e consultant.e IBCLC (Vous pouvez retrouver les français.es ici, les belges ici, les canadien.ne.s ).
Le reste peut être utilisé aussi mais les effets sont moins reconnus comme dits plus haut.
La prise ne devrait se faire que dans le cas d’une baisse avérée, ou d’une lactation induite.
La normaliser, au détriment de la recherche de la cause d’une baisse de lait peut conduire à passer à côté de certains éléments, au détriment de la santé du bébé et de la poursuite de l’allaitement.
Bon nombre de marques commercialisent des tisanes, ou autres gels à diluer, en vantant les mérites d’une cure quotidienne tout au long de l’allaitement.
Si ces prises ne représentent pas de danger comme on l’a vu plus haut, elles ne présentent pas d’intérêt particulier, et entraine une dépense non négligeable, surtout dans le cas d’allaitements longs.

Et vous les mam’allaitantes ? Vous en avez déjà pris ? Dans quel cas ? Avez-vous trouvé que cela a eu un réel effet ?

 

Pour aller plus loin :
Les galactogènes par la Leche League,
– Informations sur le fenugrec,
– L’étude de Houdebine, Sawadogo et Sepehri,
– Manque de lait : mythe ou réalité par la Leche League.

9 Replies to “Aliments galactogènes quand on allaite ? Fausse bonne idée ?

  1. Les médicaments j’ai jamais pris, amande/dattes.. je suis allergique ^^ J’ai une excuse pour boire de la Tourtel 😉 mais oui rien de mieux de les tétées ++++ peau à peau, repos et recharger les réservoirs affectifs pour voir une remonter en cas de fatigue 😉

    Merci pour toutes les explications

  2. Aaaaaahhh ces galactogènes, c’est vrai que sur notre groupe, nous voyons beaucoup passé ces phrases là et tu peux le constater cela m’énerve lol. Comme tu le dis, il faut vérifier d’où peut venir le problème d’abord. Après, si toutest ok, on peut s’aider des galactogènes mais en respectant certaines mesures.

    1. comme tu l’a dis si tout est ok
      c’est vrai que pendant un moment ça foisonnait aussi sur votre groupe
      mais ça m’a permis de m’empiffrer de pâte à tartiner Ovomaltine sans remord lol

  3. J’ai été malade et fatiguée donc j’ai eu une baisse de production de lait. Une conseillère en lactation (et puéricultrice) m’a recommandé de manger des amandes, noisettes, noix, noix de cajou et de mettre des gouttes de C644 de chez Weleda dans une bouteille d’eau, ça a bien marché au début. Maintenant je ne sais pas si c’est encore indispensable… Mon bébé s’énerve parfois au sein, alors je suis les conseils de la puéricultrice pour être sûre d’avoir assez de lait (depuis elle a rajouté 4 tisanes par jour).
    Le plus flagrant pour moi, c’est quand même la tourtel et l’ovomaltine.

  4. Je bois de la tisane d’allaitement parce que ça me permet de boire mes 2l d’eau/j sans m’en rendre compte.
    Je mange de l’ovomaltine et bois de la bière sans alcool par gout (avec comme excuse que c’est galactogène).
    En réalité je n’ai jamais vu de différence sauf si j’oublie de boire mes 2l de tisane vu que là je me trouve un peu déshydrater de fait (mais je pourrais boire n’importe quoi d’autre ça serait pareil)

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