Les aliments interdits quand on allaite

Un gros que dis-je, ENORME sujet, qui entraine souvent la propagation d’informations fondées sur rien.
Que ce soit par l’entourage, mais aussi par des professionnels de santé : les aliments interdits quand on allaite.

Après avoir repris quelques mythes courants ici, Je reprend aujourd’hui pour vous quelques recommandations les plus courantes faites aux mamans qui allaitent, avec pour chaque élément une petite explication étayant ou non la recommandation ^^

 

On attaque avec du lourd, j’ai nommé… l’alcool.
Quand une maman a le malheur de demander sur un groupe si elle peut boire un verre, on peut lire sur le même post tout et son contraire.
« Bois autant que tu veux », « zéro alcool », « tire ton lait et respecte deux (ou quatre ? ou six ? ou huit?) heures d’attente avant de redonner le sein »…
Alors, comment s’y retrouver ?
D’après le dr Jack Newman (éminent médecin exerçant au Canada, spécialisé en pédiatrie, premier à avoir fondé une clinique d’allaitement en milieu hospitalier au Canada mais aussi consultant pour l’UNICEF…, en bref une référence en allaitement) : « C’est faux ! Une consommation raisonnable d’alcool n’est pas du tout à déconseiller. Comme c’est le cas pour la plupart des médicaments, une très faible quantité d’alcool passe dans le lait. La mère peut boire un peu d’alcool et continuer à allaiter comme elle le fait normalement. Interdire l’alcool, c’est encore une façon de rendre la vie inutilement contraignante aux mères qui allaitent. »
L’alcool passe dans le lait, où il se retrouve à un taux similaire à celui présent dans le sang.
Il n’en modifie pas la composition.
La réponse à l’ingestion d’alcool est différente chez les femmes allaitantes et chez les femmes non allaitantes. Une étude a montré que la biodisponibilité de l’alcool était moindre chez les femmes allaitantes : le pic sanguin serait moins élevé, et l’élimination plus rapide.
Sachant que d’autres facteurs peuvent influencer : la quantité d’alcool absorbée et la rapidité à laquelle il est absorbé, le fait que la maman soit à jeun ou non, son poids et sa masse grasse notamment.
Si on considère que :
– l’alcool passe par l’oesophage et se retrouve dans l’estomac, et que 20% traverse la paroi de l’estomac pour se retrouver dans le sang,
– un verre standard contient 10g d’alcool,
il y aurait donc 2g d’alcool qui passerait dans le sang soit environ 0,4g/L.
En considérant qu’un enfant boit environ 150ml par prise (chiffre totalement pris au hasard, un enfant n’en étant pas un autre, et un enfant pouvant boire plus ou moins d’une tétée à l’autre), l’enfant absorberait donc environ 0,06g d’alcool.
Et ce s’il tétait au moment du pic lacté (qui se situe entre 30 et 90 minutes selon si la maman est à jeûn ou non). Si le bébé tète plus tard, la maman aura déjà commencé à éliminer l’alcool de son organisme (au rythme de 0,085g à 0,10g/L par heure.
Il n’en reste pas moins, évidemment, que malgré ces éléments, je ne recommande à personne de boire de l’alcool en grande quantité ou de manière régulière.
Consommé régulièrement en trop grosses doses, il peut y avoir une baisse de la lactation, un moins bon réflexe d’éjection…

Les fruits et légumes : Melon, chou, citron, haricots verts, pastèque, courge, banane, pomme, artichaut, asperges, brocolis, tomate, orange, oignon, pamplemousse… et j’en passe.
Aucun fruit ou légume n’est déconseillé en tant que tel.
Certains perpétuent le mythe que si la maman ne tolère pas digestivement un aliment, ce sera la même chose pour son enfant.
Par contre, ce qui est possible, c’est que bébé soit allergique à un aliment, et là en effet, il y aura quelques signes qui seront révélateurs : digestifs (régurgitations, RGO) ou cutanés (eczéma par exemple).
Dans tous les cas, rien ne sert de faire une éviction de ces aliments avant d’y être confrontée au risque de vous priver d’un bon nombre d’aliments, et de faire de votre alimentation mais aussi de l’allaitement une grosse contrainte injustifiée, ainsi que risquer des carences.
Surtout que même si dans le cadre d’une allergie diagnostiquée par un allergologue, une éviction peut parfois se montrer nécessaire au départ, une tolérance à l’aliment ou diminution partielle de cette allergie peut être possible en maintenant une rencontre avec l’aliment à une certaine dose. Autrement dit, la maman peut et devra continuer de consommer l’aliment en ne dépassant pas certaines doses établies avec l’allergologue.

Idem pour le gluten. Oui, certains enfants peuvent être allergiques ou intolérants au gluten, mais rien ne sert de l’éliminer de son alimentation sans diagnostic.

La viande et le poisson, crus : D’après certains, il serait dangereux de manger de la viande ou du poisson crus.
Tous deux sont en effet déconseillés pendant la grossesse à cause des risques de contraction de la listériose mais aussi de la toxoplasmose.
Autant de maladies dangereuses pour le foetus, pouvant lui causer des malformations et malheureusement pouvant aller jusqu’au décès.
En cas de contraction pendant un allaitement il est tout à fait possible de continuer à allaiter.
La majorité des traitements sont compatibles avec l’allaitement (quelques pistes pour le vérifier), les anticorps de la maman aident le bébé, et arrêter, même temporairement, pourrait lui causer des engorgements ou plus et ne pas l’aider à guérir (en plus de la détresse émotionnelle pour bébé).

Le café/le thé : La caféine consommée en quantité « raisonnable » ne cause pas de problèmes à la plupart des mam’allaitantes. A partir d’une certaine quantité, il peut y avoir une sur-stimulation du bébé voire de l’insomnie, des coliques, un taux de fer plus bas dans le lait.
Il est donc recommandé de ne pas consommer plus de cinq tasses par jour de boissons contenant de la caféine (café, mais aussi coca par exemple, ou encore certains médicaments).
Ca laisse une sacrée marge, même aux plus grandes buveuses de café.

Les boissons gazeuses : A moins de ne consommer en trop grande quantité du coca ou toute autre boisson gazeuse riche en caféine, pas d’inquiétude à avoir.
Le gaz contenue dans ces boissons ne passent pas dans le sang, et donc pas non plus dans le lait.

Le chocolat : Le chocolat contient une substance proche de la caféine, mais tout comme les boissons gazeuses, aucun souci en consommation normale.

L’ail : On sait que le goût du lait peut changer selon un aliment consommé par la maman.
Certains pensent que l’ail ayant un goût particulier, la maman devrait s’abstenir, pourtant le bébé in vitro est déjà sensibilisé au goût, et bon nombre de bébés en mangeant à partir de la diversification sans rechigner (c’est le cas du mien).
Il y a même eu une étude faite (Mennella J et Beauchamp G, Maternal diet alters the sensory qualities of human milk and the nursling’s behavior, Pediatrics 1991 ; 88(4) : 737-44), où des mamans ont absorbé des capsules d’ail avant d’allaiter deux heures plus tard. Les bébés n’ont pas rechigné à téter, et même au contraire.

Les aliments épicés : De la même manière que pour l’ail, les enfants sont sensibilisés dès le plus jeune âge à ce que leur mère mange. Si vous avez l’habitude de manger épicé, il n’y a pas de raison particulière d’arrêter.

Les produits laitiers : De la même manière que pour certains aliments, une maman peut se rendre compte en allaitant son bébé que celui-ci est allergique aux protéines de lait de vache.
Cet élément est contenu dans énormément d’aliments, que ce soient les plus évidents comme le lait, les yaourts, ou encore le beurre, mais plus subtilement dans d’autres comme des jambons, potages, margarines, purées…
Enormément de produits industriels en contiennent, cachés sous différentes appellations : caséine, lactoserum, albumine…
Si la maman soupçonne une allergie, elle devra alors consulter et faire une éviction de ces dits PLV. Le fait maison, et les produits vegan sont alors de bonnes alternatives pour s’alimenter en ayant suffisamment de choix.
En dehors des allergies, une baisse de la consommation de produits laitiers peut parfois être bénéfique lorsque l’enfant a un RGO, notamment pour déterminer si celui-ci est à piste mécanique ou allergique.
De manière générale, rien n’incite donc une maman à bannir de son alimentation les produits laitiers.

Le persil/la menthe/la sauge : Certaines plantes peuvent engendrer une baisse de la lactation. La tisane de sauge ou de persil sont parfois recommandées pour atténuer un REF, ou dans le cas d’hyperlactation. Mais il faut en consommer une grande quantité pour que ça ait un réel effet (3 tisanes par jour, ou une botte de persil par jour par exemple). Chaque femme peut réagir différemment mais à priori pas de souci si vous mettez un peu de persil dans votre plat, ou buvez un thé à la menthe.

 

En résumé, il n’existe pas d’aliment que la mère ne doit absolument pas manger.
Il est recommandé de manger équilibré, mais c’est valable pour tout le monde.
S’il y a un terrain allergique dans la famille, la maman pourra éventuellement découvrir que certains aliments incommodent son enfant (souvent les plv, les oeufs, et les agrumes). Mais, la plupart des mères ne sont pas concernées.

A l’inverse, une mère allaitante n’a pas besoin d’aliments particuliers pour assurer ou augmenter sa production de lait. C’est la succion du bébé qui détermine la quantité produite. L’organisme de la mère utilise une combinaison de tous les aliments absorbés et les complète avec des nutriments stockés pour fabriquer le lait qu’elle donne à son bébé. Cela signifie que le lait maternel est à chaque fois fabriqué selon le même processus, qui aboutit à une composition pratiquement constante. Si le régime de la mère est inadapté, c’est son organisme qui compense. Si elle est mal nourrie, son organisme doit fournir les nutriments manquants dans son régime lors de la fabrication du lait.
Il a été constaté dans les pays pauvres, que le lait produit par des femmes proches de la malnutrition satisfait les besoins de leur enfant, qui grandira correctement s’il est allaité à la demande.
Rien ne sert donc, de consommer du fenouil, des lentilles, des amandes ou autres galactogènes à outrance.
S’il y a vraiment un besoin d’augmenter la lactation, il vaut mieux s’assurer que la prise de bébé au sein est bonne, lui proposer le sein régulièrement, se reposer entre autres.

 

 

Sources pour ceux qui veulent aller plus loin :
– Pour l’alcool : ici, ou encore ,
– Pour les allergies alimentaires : ici,
– L’alimentation pendant la grossesse : ici,
– L’alimentation pendant l’allaitement : ici,
– Allaiter en étant malade : ici,
– Quelques mythes sur l’allaitement : ici,
– Des réponses à d’autres mythes : ici

6 Replies to “Les aliments interdits quand on allaite

  1. D’accord avec tout ce que vous dites. Je pense néanmoins que l’ail des ours n’est pas contre pas recommandé. J’ai testé et vérifié. Vomissements chez mon fils allaité suite à mon ingestion de pâtes au pesto d’ail des ours (lui qui n’avait jamais vomi depuis sa naissance).

    1. Bonjour, je n’ai jamais eu de retour dessus pourtant. Après un enfant n’en est pas un autre, c’est surtout ce qu’il faut retenir de cet article, en plus des quelques mythes. ^^

    1. Bonjour, je répond très très tardivement.
      En effet, le mieux c’est pas d’alcool, que ce soit pour eux comme pour nous à vrai dire.
      Merci pour l’article

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